Bon, histoire de pas laisser Elmehdi tout seul, je vais apporter ma pierre à l’édifice de ce forum Histoire héhé !
Je joue, nous jouons tous à Midnight depuis la sortie et il y a un truc qui me travaille depuis le début de l’extension, alors autant le poser ici. Je vais aller plus loin que le débat habituel sur sa mort : selon moi le raté remonte au moment où on a décidé d’en faire un boss & surtout un méchant omnibulé par le pouvoir.
Rappelons où on en était à la fin de The Frozen Throne. Kael’thas hérite d’un royaume à 90 % détruit et d’un peuple physiquement dépendant d’une source de magie qui n’existe plus. Garithos l’abandonne, il se tourne vers les naga. Ça suffit pas, il suit en finalité Illidan en Outreterre. À chaque étape la décision se défend, et sa motivation ne bouge jamais d’un millimètre : nourrir les siens, par n’importe quel moyen. C’est ce qui le rendait plus intéressant qu’Arthas ou Sylvanas à cette période, parce qu’il n’y a aucun moment de bascule, juste une pente sur laquelle on ne sait plus très bien où il aurait fallu s’arrêter. Un personnage gris, purement et simplement porté par la survie de son peuple.
Et BC lui fait servir Kil’jaeden (soi disant parce que celui-ci aurait vu en KT un mec ultra edgy & manipulable, pff), et tenter de l’invoquer sur Azeroth via le Puits de soleil. Réfléchissez deux secondes à ce que ça implique : livrer Quel’Thalas à la Légion, donc anéantir la seule chose qu’il ait jamais cherché à préserver. On a troqué une motivation cohérente contre de la démence, parce qu’il fallait un boss de fin sympa en le foutant à KT. Puis il est ressuscité pour servir de boss à la Terrasse des Magistères, un donjon cinq joueurs, histoire de clore proprement le patch 2.4. Deux morts dans la même extension pour un personnage construit depuis TFT… c’est très, ultra bof.
Le jeu lui-même n’arrive pas à tenir cette fiction, d’ailleurs. Toute l’infrastructure sin’dorei de l’époque vient de lui : Rommath rentre à Lune-d’Argent avec ses enseignements, Astalor et Rommath fondent l’Ordre des chevaliers de sang, et c’est Kael’thas en personne qui envoie M’uru à la capitale pour que son peuple s’en repaisse & Astalor ayant décidé dans son coin de le siphonner de façon encadrée plutôt que de le partager. Silvermoon tourne intégralement à la méthode Kael’thas tout en le déclarant traître. Ça n’a jamais tenu debout. Y’a vraiment une incohérence narrative à cette période qui fait que l’on était dans un entre deux désagréable … (comme quoi, la narration a toujours été un souci sur WoW !).
Ce qu’il aurait dû rester, à mon avis, c’est l’allié gênant. Un prince installé en Outreterre, hors Horde, qui fait ce que Lune-d’Argent ne peut pas assumer officiellement, et qui oblige en permanence les sin’dorei à arbitrer entre leur légitimité et leur survie. Ça se joue sur vingt ans, ça alimente n’importe quelle extension, et ça ne coûtait rien à BC : Illidan était déjà là comme antagoniste principal, Kil’jaeden existait déjà au-dessus. L’extension n’avait aucun besoin de lui comme boss et surtout de le rendre dingue à tel point de trahir son peuple, de se trahir lui même.
Aujourd’hui on paye la facture. Xal’atath, la Tempête du Vide au-dessus de Quel’Danas, le Puits corrompu en Puits sombre. On rejoue exactement la prémisse de BC, et les personnages qui la portent sont Alleria, Turalyon, Arator, Umbric… l’histoire des elfes de sang racontée par des demi-elfes de l’Alliance et une elfe du Vide (bien que je pense toujours que le lore des BE ait été donné au VE). Pas étonnant que la commu se rabatte sur Astalor. Il n’a rien d’un grand personnage, mais c’est le dernier à appliquer la doctrine, et ce qu’il fabrique dans Midnight ressemble à une intrigue d’elfe de sang parfaite : une initiative secrète menée depuis un sanctum de l’Allée du meurtre, à traquer des créatures rongées par l’angoisse et à en récolter les vestiges pour alimenter ses propres ambitions. Sauf que c’est livré sous forme de système de chasse optionnel avec des montures à la clé. Le seul fil qui garde la saveur BC est une activité de farm ![]()
Certains vont plus loin et relient l’angoisse à l’anima de Revendreth, pour en déduire que Kael’thas serait derrière Astalor. Je n’en fais pas un argument, mais le simple fait que la théorie circule dit quelque chose du manque et que les elfes de sang ont en partie perdu de leur identité depuis BC. Je défends toujours l’idée que les BE sont redevenus des HE dans leurs sociétés puisque leur passage post destruction du puits d’un point de vue civilisation représente très peu que la grande période Hauts-elfes. Mais je pense qu’à mon avis il y aurait très bien pu y avoir un ENTRE DEUX que Midnight ne fait pas du tout.
Et le vrai symptôme, pour moi, c’est qu’il n’existe pas une seule quête secondaire à Lune-d’Argent ou dans les Bois des Chants éternels sur des loyalistes de Kael’thas. Une fois le Puits corrompu, « le prince avait raison » devient une position politique évidente : ne jamais avoir remis la survie d’un peuple entre les mains d’une source unique, prendre le pouvoir là où il se trouve. Ça ne demandait pas une cinématique, juste une poignée de quêtes annexes, et ça aurait donné à la zone une histoire à elle au lieu d’un couloir au service de la campagne globale. Blizzard ne peut plus l’écrire parce que le personnage qui incarnait cette ligne a été liquidé en 2008. A la place, on a une licorne qui représente l’Elrendar et un remake des quêtes de bc en tuant des lynx et en tuant des wyrms de mana (du mauvais fan service, en plus).
Les objections, j’y ai pensé. Que sa chute était bien écrite et devait se conclure : conclure n’oblige pas à tuer, il pouvait finir déchu, dépouillé, enfermé sous Lune-d’Argent, et rester utilisable. Que Revendreth lui a offert sa rédemption : dans l’extension que l’histoire actuelle a le plus soigneusement enterrée, sans que personne sur Azeroth n’en voie rien et sans que ça change quoi que ce soit pour son peuple. Que faire revenir les morts casse les enjeux : je suis d’accord, et c’est précisément pour ça que je parle du choix initial d’en faire un méchant plutôt que d’un retour.
Ma question pour ouvrir le débat : aujourd’hui, qui peut porter le dilemme propre aux elfes de sang, à part un magistère relégué dans une activité optionnelle ? Ou est-ce qu’on considère l’affaire classée et les sin’dorei définitivement rangés parmi les elfes de fantasy comme les autres ?