Bonjour !
J’espère vraiment ne pas me tromper de catégorie. Je publie ici ma première fanfiction de Wow même si j’y travaille depuis longtemps.
Le récit commence sous Vanilla et a pour vocation de s’étirer jusqu’à Shadowlands. Il est centré autour de Dorval, orphelin humain de la chute de Lordaeron. Amnésique et ambitieux, le jeune garçon peregrine à la recherche de son passé, d’une place dans le monde et d’aptitudes qui satisfassent sa soif de pouvoir.
J’attends avec impatience les critiques pour pouvoir m’améliorer. Bonne lecture !
LIVRE I
Chapitre I : VIeux Monsieurs et Nathrezim
Le jour se levait, une aube dorée pleine de lumière, sur la cité de Hurlevent. Pour Dorval, ce n’était qu’un jour comme les autres. Le garçon sortit de son refuge sous le paravent de l’office d’accueil de la ville. Une fois debout, il se mit à courir dans la ruelle continguë au bâtiment en direction de la banque. Là, il s’assit et attendit.
En effet, chaque matin, le jeune adolescent guettait les aventuriers de passage dans la cité. Des plus célèbres, comme le chasseur nain Hargorn (lui et sa guilde avaient récemment vaincu un seigneur élémentaire dans une loitaine contrée); aux plus anonymes qui s’engageaient pour protéger la proche Elwynn.
Dorval restait des heures et des heures à contempler ces elfes, gnomes, nains et hommes dans leurs armures rutilantes et à écouter le récit de leurs aventures. Dans ses rêves les plus fous, il espérait que lui aussi un jour il pourrait accomplir des quêtes héroïques et devenir un noble paladin, un courageux guerrier ou encore un puissant mage. La magie… Le domaine qui l’attirait le plus. Mais aucune école d’armes ou de sorcellerie n’accepterait d’entraîner un orphelin rescapé de la chute de Lordaeron. Seuls les enfants de l’aristocratie ou quelques rares élus avaient cette chance. Malgré tout, il s’estimait heureux. Il avait échappé au Fléau mort-vivant.
La tristesse l’envahit.
Quand il était arrivé à Hurlevent, on lui avait dit que ses parents et sa soeur avaient été massacrés par l’armée des morts. À part ça et quelques bribes de souvenirs, c’était l’amnésie complète. Il ne savait même pas où il était né.
Vers quatorze heure, Dorval se leva et se dirigea vers le boulanger tout proche. Il attendit que celui-ci se tourne afin de hurler sa publicité habituelle, pour voler une belle brioche.
Au moment où Dorval allait détaller après avoir accompli son larcin, une elfe de la nuit à la chevelure indigo, vêtue d’une cape sombre et armée de dagues mortelles, lui fit un clin d’oeil.
Le sourire aux lèvres, le garcon s’en fut en courant. Quatre ans qu’il vivait de rapines depuis qu’il était arrivé ici. Il s’arrêta au milieu d’un pont en pierres blanches reliant le quartier commerçant à la vieille ville et ferma les yeux. Quelques morceaux de sa mémoire se mirent à flotter dans son esprit : il voyait de jeunes gens souriant dans une ville en flamme, en train de discuter paisiblement puis s’effondrer brusquement pour se relever en monstres et se mettre à massacrer leurs frères, parents et amis.
Il se reprit, penser à cela ne l’aiderait en rien. Aujourd’hui, il avait quatorze ans ans et l’avenir devant lui. Cette pensée réconfortante en tête, Dorval repartit en courant.
« Dame Prestor ! »
Katrana Prestor ferma les yeux, raffermit la prise sur son bâton et répondit :
« Oui commandant ? »
« Les nouvelles de nos troupes sont mauvaises madame, les orcs du Mont Rochenoir ont lancé une nouvelle attaque sur la Veille. Ils ont été repoussés mais au prix de grands sacrifices et ils ont tout de même réussi à installer des avants postes. »
Grande, mince, vêtue d’une simple robe rouge, Dame Katrana Prestor était une noble aristocrate, proche conseillère du Roi.
Arrivée dans la ville quelques mois auparavant en se présentant comme la fille de Daval Prestor, elle avait alors rapidement gravi les échelons de la haute société de Hurlevent.
« Autre chose commandant ? »
« Oui madame, nos alliés de Théramore rapportent que les dragons du Vol Noir ont attaqué leurs bases dans les Marais des Chagrins. »
Dissimulant un large sourire, la politicienne demanda : « Vous semblez retenir le plus important de vos messages commandant, parlez donc … »
Quelque peu gêné, le militaire répondit : « Madame, le Roi a été enlevé ce matin ! »
Etrangement calme, l’aristocrate dit : « Dans ce cas, avez-vous prévenu Bolvar ? Ainsi que notre prince bien aimé ? »
« Non madame, j’y cours ! »
« Imbécile ! » pensa-t-elle une fois l’officier parti. Puis dans tout le hall royal résonna avec force une voix profonde : “C’est le début de notre règne mon frère ! »
Un an plus tard…
Le silence de la nuit pesait sur la capitale humaine de Hurlevent. Près de l’auberge de l’Agneau Assasiné, dans le quartier de la magie, une ombre silencieuse se glissait le long des murs de bois et de pierres. Arrivé devant l’établissement, Dorval en crocheta la serrure.
Poussant la porte de la taverne, il se faufila jusqu’au comptoir où reposaient des plats non achevés de nourriture.
Le jeune homme ouvrait sa besace et tendait la main en direction d’une assiette garnie de mets divers, quand il entendit des bruits étranges provenant du fond du bâtiment.
Il tourna la tête dans cette direction et s’y dirigea, oubliant complètement la nourriture. Dorval tata à travers les toiles tendues sur les murs et perçut une ouverture.
Il arracha les tentures qui révélèrent un couloir qui descendait, faiblement éclairé par des torches le long des murs.
Le garçon s’avança, écoutant toujours les bruits mystérieux provenant du fond du couloir. Lorsqu’il fut arrivé en bas, le spectacle qu’il y découvrit le laissa bouche bée.
Une dizaine de sorciers étaient en cercle dans une grande pièce ronde, construite en briques noires. Contre les murs étaient disposées des tables sur lesquelles reposaient d’antiques manuscrits, de vieux parchemins et de mystérieuses décoctions. Une longue dague, qui brillait d’une aura ténébreuse, était également posée sur l’une de ces tables.
Les sorciers proféraient des phrases dans un langage que Dorval ne parvenait pas à saisir. Tous les magiciens avaient leurs bras tendus devant eux, les paumes des mains grandes ouvertes et dans lesquelles dansaient des ombres aux couleurs froides. Tandis que cette singulière assemblée semblait être en transe, un feu rouge sang brûlait ardemment, au centre de la pièce. Tout autour du foyer, un cercle de runes luisantes était tracé à même le sol. Au dessus des flammes rougeoyantes, une tornade sombre grandissait.
Dorval n’osait avancer, de peur qu’on l’aperçoive. Cinq bonnes minutes passèrent puis les incantations cessèrent.
La tornade avait disparue. Soudain, une créature immense apparut là où le feu brûlait quelques minutes auparavant.
Elle avait une peau grise, deux longues cornes au niveau du front, des sabots en guise de pieds, de grandes ailes pourpres parcourues de rainures blanches et était dotée d’une armure d’un autre monde. Le monstre balaya la salle de son regard de ténèbres.
Dorval s’était réfugié dans l’embrasure du couloir et observait toute la scène.
Un vieux sorcier aux cheveux grisonnants, avec de petits yeux et un menton fuyant s’écria : « OUI !! Ah, Ah !! Tu es miens Nathrezim ! Je te contrôle, je te aaaarrrrrghhhh !! »
La créature posa les yeux sur le sorcier tandis que celui-ci hurlait à mort, en proie à d’atroces souffrances. Le « Nathrezim » parla alors d’une voix glaciale : « Karlish ourg narvalak kiet nan varlosh ! Misérables et cupides mortels ! Vous croyez pouvoir me contrôler ? Moi ?! Goûtez alors à la puissance du Nathrezim !! »
Le monstre rugit ces dernières paroles et brandit sa main crochue. Tous les sorciers périrent sur le champ à l’exception du vieux mage qui continuait de hurler.
Dorval était pétrifié, il ne savait que faire. Tandis qu’il hésitait, terrorisé, un homme de haute stature passa en courant à son côté. Le jeune garçon le reconnut aussitôt, c’était l’archevêque Bénédictus. Celui-ci leva sa main d’où jaillirent trois éclairs successifs qui vinrent frapper le monstre.
« Pouah ? C’est tout ? Meurs imbécile ! » railla le Nathrezim en envoyant de sa propre main un éclair vert et noir qui traversa la salle dans le sens contraire.
Imperturbable, le grand prêtre prononça quelques mots inaudibles et un mince filet d’or protecteur dévia le sortilège démoniaque.
Bénédictus commença alors à incanter et dans ses mains jointes, grossissait une boule aveuglante de lumière. L’ecclésiastique dit alors avec force : « Sois détruit par le châtiment de la lumière, démon !! »
Il projeta alors la boule qui heurta la créature et la réduisit en un tas de cendres.
L’archevêque posa un regard chargé de mépris sur le vieux sorcier et dit :
« Je vous avais pourtant interdit de telles pratiques ! Andromath vous avait également avertit que ce genre de magie était totalement proscrite ! »
Faiblard, encore foudroyé par la puissance du démon, le mage articula : « Je le contrôlais presque … »
Il se mit à larmoyer : « Il m’a échappé, il … ». Dorval sortit de sa cachette et balbutia : « Mon… Monsieur l’archevêque, qu’est ce que c’était ? »
« Un Nathrezim, un démon extrêmement puissant, qu’aucune volonté humaine ne peut ni contrôler ni asservir. »
L’homme qui avait prononcé ces mots, Dorval le reconnut également tout de suite, était le Haut Sorcier Andromath.
Tout comme Bénédictus, Andromath était une personnalité connue et respectée de Hurlevent.
« Nous vous avions averti Azgurl et vous nous avez cordialement ignorés. » cracha Andromath avant de continuer : « Pour cela vous irez terminer vos jours dans la prison de la ville. »
Le dénommé Azgurl s’étrangla : « Que … ? Mais ses détenus ont échappés au contrôle des gardiens, c’est la révolte dans les cachots, je vais … »
« Mourir ? coupa Bénédictus, probablement, c’est pour cette raison que vous y allez, ça vous évitera de mettre en danger toute la cité par vos expériences maudites. »
Andromath se tourna vers Dorval : « Que faisiez-vous ici jeune homme ?
-Hum ! Je … je me promenais et j’ai entendu du bruit. Alors je suis entré » répondit le garçon, mal à l’aise.
Le Haut Sorcier leva un sourcil, signe qu’il n’était pas très convaincu mais ne fit pas d’autres commentaires.
« Bien dit Bénnédictus, Andromath pourriez-vous … ? »
Le grand mage prononça quelques mots et tous trois, les deux mages et l’ecclésiastique disparurent.
Dorval, encore tout étourdi par les évènements de la soirée, s’approcha des restes du démon. Au milieu des débris d’armures et de cendres, gisait une petite boule noire. Il la toucha du bout des doigts. Une douleur fulgurante le traversa alors de part en part. Le garçon grogna et s’évanouit.
Chapitre II : Visions et descente de griffon
Un ciel déchiré par les éclairs… Le grondement du tonnerre … Une terre rouge comme le sang… Des créatures démoniaques à perte de vue… Une silhouette gigantesque proférant des paroles dans un langage maudit…
Une arche de pierre immense dans laquelle brille une lueur bleutée… Un crépitement résonne… La lueur se mut en un tourbillon verdâtre… Soudain, la monstruosité et les démons disparaissent…
Provenant de l’arche, une voix déformée, glacée, comme un râle, murmure : « Emprisonné pendant dix mille ans … Banni de ma propre patrie … Et vous osez pénétrer dans mon royaume … ? »
Un éclair plus violent que les autres éclate. La voix se fait plus faible. Elle chuchote : « Vous… n’êtes pas … prêts… »
Le silence pèse de nouveau sur les terres rouges, pendant un bref instant. Puis la voix se fait de nouveau entendre, elle est grave et profonde cette fois et elle rugit : « Vous n’êtes pas prêts !!! »
Dorval se réveilla en sursaut, couvert de sueur. Une douleur au crâne le lançait tandis que les images de son rêve s’estompaient petit à petit dans le brouillard de l’oubli. Sans que le garçon ne sache pourquoi, il se sentait… différent.
Il se mit debout. Son regard se posa sur le centre de la pièce. Les cendres n’y étaient plus. Dorval leva les sourcils. Où étaient-elles ? Il se remémora alors les évènements de la veille. Cependant, il ne comprenait toujours pas pourquoi il s’était évanoui.
Décidant de remettre ses questions à plus tard, il tendit la main vers sa besace qui était tombé au cours de sa chute inconsciente.
Dorval poussa un cri d’effroi.
Sur sa main gauche était apparu un signe. De plus en plus étonné, il prit sa besace et s’en fut. Lorsqu’il fut en dehors de l’auberge, le crépuscule tombait. Il avait donc été évanoui presque deux jours ! Toutefois, il avait à faire. Il devait absolument trouver quelqu’un qui puisse le renseigner sur ce qu’il lui était arrivé. Grâce aux récits d’aventuriers qu’il avait croisés dans la ville, le garçon savait que les elfes avaient été les premiers Azerothiens à rencontrer des démons. C’était donc décidé, le jeune homme partirait pour Darnassus. Tandis qu’il marchait, il perçut que ses sens avaient changé. Ses sensations étaient … différentes.
Dorval monta les escaliers qui menaient au perchoir des griffons de la cité. Là, il demanda un voyage pour le Port de Menethil. Le maître des griffons lui répondit : « Quinze pièces d’argent petit ! »
Le jeune homme pestait intérieurement tandis qu’il payait. Toutes ses économies envolées !
Quelques minutes plus tard, il franchissait les monts qui marquaient la frontière entre les Steppes Ardentes et la Forêt d’Elwynn. L’air se faisait plus rare en oxygène, plus toxique, chargé de cendres et de poussières. Et de magie noire.
Cette pensée lui fit un drôle d’effet. D’où diable tenait-il cela ?
Tandis qu’il était plongé dans ses réflexions, un éclair noir frappa sa monture et l’abattit en plein vol. Dorval hurla de terreur. Il chutait à une vitesse vertigineuse.
Une dizaine de mètres au dessus du sol, il se mit à flotter dans les airs comme une plume. Lorsqu’il fut sur la terre ferme, il vit qu’il faisait face à un homme à l’allure mystérieuse.
Vêtu d’une armure et de brassards d’argent, d’espauliers et d’un kilt en tissu noir, le tout couvert runes étranges, l’étrange individu ressemblait beaucoup aux invocateurs morts dans la cave deux jours auparavant. Sur son visage, deux énormes cicatrices lui striaient la peau. Verticales, elles partaient du front jusqu’à la bouche en passant par les orbites… vides.
« Voilà des années que je n’ai pas vu un cas pareil. » dit l’homme. « Peut-être même le premier de ma longue vie. »
Il tourna lentement son visage vers le jeune garçon. « Bonjour Dorval, je suis Mor’Zul, dit le Porte-Sang. »
L’adolescent rétorqua : « Mais vous n’êtes pas bien ?! Vous abattez ma monture en plein vol, je manque de mourir m’écrasant, tout ça pour me dire … bonjour ?! »
Calmement, Mor’Zul lui répondit : « Premièrement mon garçon tu ne peux plus mourir comme n’importe quel mortel, soit en t’écrasant dans le cas présent. Secondement, je t’ai fais venir ici pour répondre à tes autres questions et t’aider à maîtriser tes pouvoirs. »
« Mes … ? »
« Pouvoirs, oui, car en touchant les restes du Démon, tu t’es approprié ses capacités. De ce fait, tu es devenu l’un des nôtres, un démoniste ! »
Chapitre III : Nouveaux Compagnons et Surprise de Baron
Dorval regardait Mor’Zul bouche bée. Après un instant de silence, il parvint tout juste à articuler : « Comment ? Je … Je n’ai … Impossible ! … Je n’ai jamais eu aucun don pour la magie. »
Le Porte-Sang éclata de rire : « Impossible ? Tu apprendras vite que rien n’est impossible mon jeune ami. Observe la marque que tu portes sur ta main gauche. Pense à ton rêve et à ton nouveau ressenti de la dimension qui nous entoure. Tout cela est une manifestation de tes dons pour la magie ! »
Le garçon réfléchit attentivement. L’explication était plausible. Cependant, il refusait d’y croire, c’était trop beau !
« Prouvez-le moi ! » dit-il.
« Mais tu vas te convaincre toi même de tes capacités. Voici une formule, tout simple, destinée à détecter la présence de pouvoirs magiques chez des novices. Si, comme je m’y attends, tu en possèdes, une lueur devrait illuminer ta marque. » répondit le maître démoniste. Dorval mémorisa la formule et se mit à incanter.
« Concentre toi ! » lui souffla Mor’Zul.
Un souvenir traversa alors le jeune homme.
Il se revoyait à Hurlevent, assis devant la banque, à rêvasser de devenir un jour un de ces aventuriers de renom qu’il avait tant enviés. Ce jour arrivait-il enfin ?
Et sa main gauche brûla. Une flamme flamboyante, de couleur verte, lui léchait le membre.
Dorval leva les yeux vers le Porte-Sang et murmura d’une voix rauque, empreinte d’excitation : « Apprenez-moi … Apprenez-moi tout ! »
Les cendres brûlaient leurs gorges. La poussière s’insinuait sous leurs lourdes armures et leur collait à la peau. L’air était presque irrespirable. Les membres de la guilde “Nihilum“ montaient les dernières marches qui les conduisaient sur le toit du Temple Noir, dans la Vallée d’Ombrelune, une des régions du monde brisé de l’Outreterre. Ils étaient accompagnés d’Akama le draeneï roué et de Maiev, l’ancienne geôlière dupée du Traître.
La bataille pour parvenir jusqu’ici avait été une vraie boucherie. Dix des vingt-cinq membres que comptait l’expédition avaient péris. Les survivants avaient le cœur lourd. « Reprenez-vous, nom d’un chien ! Il est là ! » beugla quelqu’un. Tous se reprirent, ce n’était pas le moment de flancher. Ils se placèrent selon la stratégie convenue.
Une dizaine de mètres devant eux se tenait Illidan Hurlorage, agenouillé et contemplant un crâne. Sa peau était d’un gris presque blanc. Sur sa poitrine, on pouvait apercevoir de mystiques signes tatoués.
Entre ses longues oreilles et sa tête, un ruban décoloré était posé devant ses yeux. Toutefois, une lueur émeraude émanait du regard du démon. Au niveau du front, deux immenses cornes courbes pointaient vers le ciel ténébreux de la Vallée d’Ombrelune. Lui tenant lieu de jambes, de longues pattes parsemées d’un épais pelage dru se finissaient par des sabots. Dans son dos, de grandes ailes fripées étaient repliées.
Brusquement, le Traître se releva. Puis il se tourna vers le roué qui accompagnait Nihilum et s’exclama d’une voix forte : « Akama… Votre duplicité est à peine surprenante… J’aurais dû vous tuer il y a bien longtemps ! »
Le draeneï sortit deux longs cimeterres effilés aux reflets dorés de leurs étuis de cuir et répondit : « Nous sommes là pour mettre fin à ton règne ! Outreterre doit être libérée ! »
Le démon lui rétorqua, tout en brandissant son bras d’une pâleur cadavérique, « Bien essayé ! Je reste convaincu de ma suprématie ! »
Akama se tourna vers les aventuriers qui étaient avec lui : « Le moment est venu héros ! Attaquez ! »
Une clameur s’éleva dans les rangs de Nihilum. Puis, guerriers, paladins et voleurs chargèrent. Les mages, prêtres et druides déchaînèrent leurs pouvoirs. Illidan fit apparaître dans ses mains crochues deux immenses glaives de guerre verts et s’écria : « Vous n’êtes pas prêts ! »
Six mois s’étaient écoulés depuis que Dorval avait débuté sa formation. Des semaines passées à se plonger dans de vieux parchemins, à réciter d’antiques formules pour apprendre à maîtriser les noirs arcanes des démonistes. Dans ses moments de doute, le garçon repensait à sa vie précédant son arrivée à Hurlevent. Ses seuls souvenirs étaient ces images de gens paisibles qui s’effondraient brusquement pour se relever en zombies décharnés et meurtriers. L’adolescent passait parfois des heures à fouiller sa mémoire pour avoir un peu plus que ces visions d’horreur mais rien ne venait.
Cependant, sa puissance magique ne cessait de s’accroître, le consolant quelque peu et le grisant… Incroyablement !
Son maître voyait en lui un apprenti doué. Le lancement d’un trait de l’ombre, le drain de la vie d’un ennemi, l’invocation d’un diablotin ou d’une succube du Néant Distordu avaient été des exercices simples pour le jeune sorcier.
Le repère du Porte-Sang était situé non loin du Mont Rochenoire. Là-bas, nombre de sorciers et exhalombres résidaient. Afin de tester ses compétences nouvellement acquises, Dorval était allé régulièrement les affronter. Ses talents lui avaient valu une certaine réputation chez les orcs de la Horde Noire comme chez les nains sombrefers.
Un jour, son maître lui avait lancé un défi qui consistait à se procurer certains artéfacts dans le but d’invoquer un démon infernal, une puissante créature démoniaque aux pouvoirs dévastateurs.
Dorval avait donc dû rechercher trois gemmes. Celles-ci venaient des quatre coins d’Azeroth. La première en Azshara, gardée par des satyres. La seconde dans les Terres Foudroyées, détenue par les sentinelles corrompues de la Porte des Ténébres. Enfin, la dernière était dans une forteresse, le fort des ombres, à Jaedenar, en Gangrebois. Une fois les trois pierres en sa possession, l’apprenti démoniste avait affronté le puissant Kroshius, un démon infernal qui était en Azeroth depuis des millénaires. Après un âpre combat, Dorval avait récupéré le noyau ardent de la créature.
Ce rite accompli, le jeune homme pouvait désormais convoquer par sa seule volonté un terrible démon qui lui était entièrement soumis. Fier de lui, il était alors rentré au repaire de son mentor où Mor’Zul le félicita : « Bien. Excellent même ! J’ai une autre mission pour toi, afin de parfaire ta maîtrise de nos pratiques. »
Curieux, Dorval demanda : « En quoi consiste-t-elle ? »
Un sourire malicieux apparu sur le visage du Porte-Sang qui répondit : « Nos capacités nous offrent de grandes possibilités. L’ombre, la gangre-flamme et les démons sont nos domaines de prédilection. À Hurlevent, tu as vu des magiciens qui tentaient d’invoquer un Nathrezim et … »
Le garçon ne se souvenait que trop bien de cette nuit là. Cette créature avait réduit en miettes ceux qui avaient cru pouvoir la contrôler. Il coupa son maître :
« Oui je les ai vus ! Ils ont réussi l’invocation. Mais aucune volonté humaine ne peut asservir un Nathrezim !
- Là est ton erreur. Ces imbéciles n’étaient pas préparés. C’étaient des faibles. C’est un exercice difficile j’en conviens. Mais pas impossible. Pendant tes pérégrinations, j’ai localisé un grimoire écrit il y a fort longtemps. Cet ouvrage donne les outils pour réaliser cette invocation.Va me le trouver et nous pourrons alors réussir cet ultime tour de force ! » lui dit Mor’Zul.
Etourdi par ces révélations, Dorval se mit à rêver. S’il y parvenait, ce serait un couronnement ! Il se voyait déjà lâcher un Nathrezim sur ses adversaires, les réduisant à néant. Grâce à ses nouveaux pouvoirs, il pourrait défier les plus grands mages d’Hurlevent ! Revenant à la réalité, il demanda : « Vous m’avez dit que vous connaissez la localisation du manuscrit, où est-il ? »
Le maître démoniste répondit : « Le livre a une longue histoire que je t’épargnerai. Il a traversé bien des époques et bien des guerres. Par un concours de circonstances, c’est un chevalier de la mort du Fléau qui l’a désormais. Il s’agit du Baron Vaillefendre, qui règne en maître sur la cité maudite de Stratholme ! »
« Stratholme. »
Ce nom résonna étrangement aux oreilles de Dorval. D’abord doucement puis avec de plus en plus de force.
« Stratholme. »
Sa tête se mit à bourdonner.
« Stratholme. »
Une sensation froide remonta le long de son échine.
« Stratholme. »
Des images floues se mirent à défiler dans tête, tandis que le nom résonnait toujours comme le son d’une cloche.
« Stratholme. »
Une image se fit plus nette. Une ville en flammes.
« Stratholme. »
Puis une autre. Deux hommes en armes qui se disputent.
« Stratholme. »
Dorval tomba à genou. Les souvenirs. Ceux qu’il avait cherchés pendant des heures. Il les tenait presque. IL LES TENAIT !
« Stratholme. »
Une femme, belle, vêtue de pourpre criait.
« Stratholme. »
Une émotion fusa en lui, comme un flot déchainé, qui le déstabilisa.
« Stratholme. »
Un homme qui s’effondre.
« Le Fléau. »
Il eut l’impression que sa tête allait exploser. Quand soudain, une voix lui parvint, lointaine, mais identifiable. Une voix d’homme.
« Un traître ? Vous avez perdu l’esprit Arthas ! »
D’où lui venaient ces souvenirs, ces émotions. Pourquoi ?
« DORVAL !!! »
Il était étendu par terre. Son mentor était penché au dessus de lui. Mor’Zul lui murmura : « Que s’est-il passé ? »
Dorval toussa. Il avait la bouche pâteuse. Il bredouilla : « Vision … J’ai eu une vision. Stratholme. Je connais ce nom … Il me dit quelque chose … Je … »
Le Porte-Sang fronça les sourcils. Il prit le crâne de son apprenti dans sa paume et souffla quelques mots dans un langage incompréhensible.
« Non pas une vision. Un sort qui t’a été jeté. Tes pouvoirs, en se développant, l’ont brisé. Ta mémoire revient. »
Le jeune homme se remit sur son séant. Il se massa le cou puis il marmonna : « J’irai à Stratholme récupérer votre bouquin. »
Le maître démoniste acquiesça pendant que son apprenti revêtait un lourd pardessus noir à capuchon et prenait son bâton sculpté. Ensuite, il se dirigea vers la porte du repaire.
De son embrasure, Mor’Zul observait son élève s’éloigner lentement sous le ciel rougeoyant des Steppes Ardentes. « Va à Stratholme trouver les réponses dont tu as besoin. » souffla-t-il.
« Il y a un fou qui veut aller à Stratholme ! Amenez-vous ! »
Confortablement installés dans l’auberge de la Rose Dorée à Hurlevent, Azazrel l’elfe, Nimby le gnome, Hargorn le nain et Ïay le draeneï, se regardèrent abasourdis. Le nain dit de sa voix gutturale : « Plus personne ne s’est aventuré dans Stratholme depuis … »
« Depuis la réouverture de la Port des Ténèbres mon ami. » coupa la voix douce d’Azazrel.
« Surtout que cette ruine a été pillée sans vergogne. Ce qui reste d’équipement et de trésor est complètement dépassé ! Tout le monde va en Outreterre, l’or y coule plus vite ! » renchérit Nimby de sa voix fluette.
« Allons voir cet imbécile ! » ricana Ïay.
Mais ils ne trouvèrent pas du tout un imbécile. Au centre de la place du quartier commerçant, les habitants de la ville se regroupaient. La foule s’était rassemblée devant une silhouette, visiblement encapuchonnée. Elle tenait dans sa main gauche un bâton. Lorsque les quatre amis furent assez proches, ils virent que la silhouette appartenait à un homme, de par sa corpulence.
L’homme s’exclama d’une voix forte mais qui semblait appartenir à quelqu’un de jeune : « Je cherche quatre aventuriers assez courageux pour lancer une attaque éclair à Stratholme, dans les Maleterres de l’est… »
L’assemblée frissonna en entendant ce nom.
« … Vous pourrez y prendre tout ce que vous désirez. Je ne cherche qu’un livre pour mes recherches. Je sais que ce genre de voyage peut paraître inutile par les temps qui courent mais pour celles et ceux qui n’ont pas acquis suffisamment de puissance pour s’engager sur le front en Outreterre, cette expédition reste un moyen substantiel de … »
« Vous avez tout dis, jeune homme ! »
Un guerrier à la mine sinistre se détacha du rassemblement : « Lequel d’entre nous s’aventurerait dans un endroit aussi pourri que dangereux sans l’assurance d’y trouver une juste récompense qui payerait ses efforts ? »
Une rumeur d’approbation parcourue l’assistance.
Hargorn lança : « Moi et mes amis, nous sommes prêts à l’accompagner. Mais il y a une condition. »
Léger silence. « Que cet étranger nous pait une tournée de bière tonneblonde ! ». La foule éclata de rire.
Le guerrier sourit et reprit : « Hargorn. Nain dont le nom est connu du chef de guerre de la Horde lui même, pour avoir terrassé Ragnaros, le seigneur du feu.
Aujourd’hui, sa réputation se limite à celle d’un buveur chevronné de Tonneblonde effectivement. Tu fais le bonheur de tous les aubergistes l’ami ! D’ici à Austrivage ! »
Le silence se fit.
Le nain rétorqua doucement :
« Certes, après la chute de Ragnaros, j’ai pris une retraite bien méritée. Mais je suis prêt à en sortir ! Oui ! Ce jeunot me propose une véritable aventure ! Et non pas un « service » rendu à l’Alliance qui endettera mon pays et ma faction. Non ! » Il pointait le spadassin de l’index et souriait à présent : « Hein Ivar ? Ça c’est ta spécialité, non ? Combien Ivar ?! Combien ? Dis leurs ! Dix millions de pièces d’or pour abattre le seigneur Kazzak. Voilà ce que tu as exigé à l’état major comme un vulgaire mercenaire. D’autant plus qu’aux dernières nouvelles, le raid de ta guilde a échoué !! »
Le guerrier foudroya le chasseur du regard mais ne répliqua pas. Pendant ce temps, l’inconnu avait retiré son capuchon. Quand son visage fut à découvert, la foule l’invectiva de toute part. Un boucher de la vielle ville lui hurla : « Dorval ! Sale voleur ! Tu me dois au moins vingt livres de viande avec ce que tu m’as volé toutes ces années ! »
Une tisserande, du quartier des mages, ajouta de plus belle : « Et moi alors ? Comment croyez-vous qu’il se soit vêtu tout ce temps ? Dix neuf rouleaux d’étoffes de lin, voilà ce que me doit ce misérable ! »
Un boulanger allait crier sa colère à son tour lorsque le dénommé Dorval lui coupa la parole d’un geste : « Commerçants de Hurlevent, je vous présente mes humbles excuses pour mes larcins d’enfance.
Je vous promets un remboursement, avec intérêt, de mes dettes. En attendant, je repose ma question, qui me suivra à Stratholme ? »
Un sourire éclaira le visage vieillissant du nain Hargorn : « Moi fiston ! Je t’accompagne ! »
Nimby, qui se tenait à ses côtés, dit également : « Moi aussi ! »
Azazrel murmura : « Ich’nöu â la ! Je me joins à vous, amis. »
Les trois compagnons se tournèrent vers Ïay. Celui-ci maugréa : « Non ! Pas cette fois les gars ! Je suis d’accord avec Ivar, je ne viendrai pas ! »
Dorval remit sa capuche et tous les quatre, l’homme, l’elfe, le nain et le gnome, ils se dirigèrent vers le perchoir des griffons. De là, avec leurs montures, ils prirent leur envol vers les ténèbres et la corruption du Mal, vers Stratholme.
Quatre griffons volaient à tire-d’aile dans le ciel noir des Maleterres de l’est. Dorval se tenait sur le premier, couleur ébène, son long pardessus claquant dans le vent. Sur le deuxième, au plumage blanc immaculé, Nimby tenait fermement les rennes de sa monture. Le jeune sorcier et lui discutaient : « Dis moi jeune homme, quel genre d’aventurier es-tu ? Un paladin, un voleur, un prêtre, un mage comme moi peut être ? »
Dorval eut un petit sourire : « Rien de tout cela. J’appartiens à la caste des démonistes. »
Une ombre furtive passa sur le visage du petit gnome. Il frémit : « Sais–tu au moins à quels dangers tu t’exposes par de telles pratiques ?
Il y a un coût, parfois plus grand que la mort elle-même, pour manier pareilles arcanes ! » le prévint-il. Le garçon resta silencieux pendant quelques instants. Puis il dit : « Je saurai me souvenir de ces sages conseils. Mais parlons de nos arts respectifs sans rouvrir cet éternel débat entre les mages du Kirin Tor et les démonistes veux-tu ? »
La mine du magicien s’éclaira : « Volontiers. J’ai d’ailleurs quelques questions. La première porte sur votre formule pour invoquer le feu et … »
Ainsi, tous deux palabrèrent au sujet de la magie et de ses diverses applications.
Azazrel et Hargorn volaient sur les deux derniers griffons aux robes de bronze. Ils se remémoraient de vieux souvenirs :
« Te souviens-tu de nos combats dans ces plaines mille fois maudites l’elfe ? Des quêtes que nous avons accomplis ? Tiens regarde là-bas au loin, le lac de Darrowmere ! Et là, la Main de Tyr ! »
Azazrel jeta un regard attristé sur le paysage détruit par le Fléau qui s’étendait sous lui : « Bien sûr que je m’en souviens. Mais regarde autour de toi, rien de tout cela n’a servi. Quelle catastrophe ! »
Il ferma les yeux et psalmodia.
« La nature souffre toujours beaucoup ici. Une sombre magie l’empêche de reprendre ses droits. Les artifices du Roi-Liche pèsent sur cette contrée » fit-il après quelques instants.
Hargorn l’observa. Bien qu’il n’ait pas les dons de druidisme de son ami pour percevoir la corruption qu’il évoquait, ses talents de chasseur aiguisaient ses sens.
Et ceux-ci ne lui disaient qu’une chose, que la mort rodait dans les Maleterres. Le nain leva les yeux. Leur destination approchait : « La chapelle d’Espoir de la Lumière approche les enfants ! » cria-t-il.
Quand les griffons furent au sol, les quatre compagnons s’avancèrent à l’entrée du bâtiment religieux. Une voix grave résonna dans l’air :
« Des visiteurs ! Vous ne combattez pas la Légion en Outreterre aventuriers ? »
Le général Maxwell Tyrosus sortait de la chapelle. C’était un homme grand, les cheveux d’un roux vif et le teint mate. Son visage buriné, était marqué de cicatrices, témoignage des nombreuses batailles qu’avait essuyées le général.
Six années auparavant, Tyrosus avait fondé l’Aube d’Argent, un groupe de combattants qui luttaient contre toutes les menaces qui pesaient sur Azeroth. Aujourd’hui, c’était le Fléau qui représentait cette menace. Il avait pris cette décision après qu’une dispute eut éclaté parmi l’état major de la Croisade Écarlate dont il faisait parti.
Le regard du vétéran se posa sur Hargorn. « Par la lumière ! Hargorn, le chasseur ! » fit-il en reconnaissant le nain. Il observa ensuite l’assemblée qui se tenait devant lui : « Nimby ? Le frère de Yimo ? »
Gêné, le gnome répondit :
« Lui-même général.
- Votre frère est-il toujours membre de la guilde Eden Aurorae ?
- Il est mort mon général, dans une escarmouche contre le Fléau aux Berceaux-de-l’Hiver.
- Mes condoléances mon ami. J’en suis navré, croyez le bien. »
Puis Tyrosus reconnu Azazrel : « Le sage Azazrel ! C’est un plaisir de revoir le druide de Darnassus ! »
Enfin, le militaire se tourna vers Dorval : « À qui ai-je à faire ?
-Dorval, membre de la caste des démonistes, mon général. »
Les yeux de Tyrosus s’agrandirent. Il grinça : « Rien que ça, un démoniste … »
Un silence gênant se tint entre les deux hommes. Rapidement, Maxwell le brisa en demandant : « Et peut-on savoir ce qui vous amène ici ? »
L’elfe, le nain et le gnome se tournèrent de concert vers Dorval : « Je suis à la recherche d’un manuscrit pour ma formation. Il détient des formules et des recettes dont j’ai besoin. Mon maître aurait localisé l’ouvrage dans Stratholme, en la possession du Baron Vaillefendre. Mes compagnons sont ici pour m’aider dans cette quête. »
Maxwell les regarda bouche bée : « Vous êtes complètement fous ma parole ! Vaillefendre garde cette cité comme la prunelle de ses yeux ! Et vous ne connaissez pas la meilleure ! L’avant garde Écarlate avait réussi à établir une tête de pont dans la ville. Ils y gagnaient du terrain. Or depuis quelques semaines, nous n’avions plus aucune nouvelle. J’avais envoyé trente éclaireurs pour obtenir des informations. Un seul est revenu, dans un piteux état. Au bord de la folie. Il nous a dit que des centaines de morts-vivants d’élite sont arrivés de Norfendre et ils ont massacré tout le monde ! Le bastion écarlate n’est qu’une ruine à présent ! …
… Pour en revenir à Vaillefendre, c’est un chevalier cruel, impitoyable et sanguinaire. Même sans ses pouvoirs démesurés, c’est un combattant hors pair ! Vous ne reviendriez pas vivants de Stratholme ! »
Hargorn, Azazrel et Nimby étaient sous le choc. Les déclarations de Tyrosus étaient terribles. Si le Fléau ne pouvait plus être contenu dans les Maleterres, tous les royaumes étaient en grand danger.
Soudain, une voix chevrotante, aigue, résonnant comme de l’acier, s’éleva : « Je dois y aller ! Je dois me rendre dans la cité ! »
Le gnome, le nain, l’elfe et le vétéran se tournèrent. Ils s’aperçurent que c’était Dorval qui avait prononcé ces mots. Un éclat de folie brillait dans son regard. Dans sa main gauche, brûlait une flamme verte.
« La gangre-flamme ! Mettez vous à l’abris ! » hurla Nimby aux trois autres qui contemplaient ce triste spectacle avec stupéfaction. Ils coururent tous les quatre dans la chapelle.
BANG !
Dorval avait disparu. Tout retourné, le gnome magicien marmonnait pour lui même.
« Malédiction … Vieux sortilège … Oublié … »
Hargorn tentait de comprendre ce qu’il disait tandis qu’Azazrel et Tyrosus discutaient. Le général s’exclama : « Morbleu ! Il faut que vous retrouviez ce garçon. »
« Nous nous y emploierons général. Nous lui avons promis notre aide de toute façon. » répondit l’elfe de la nuit.
Les trois compagnons allèrent à l’écurie sangler des montures. Lorsqu’ils furent sur le point de partir, Tyrosus leur lança : « Trouvez aussi quelle malédiction le frappe. Sa réaction était très étrange ! »
Les trois amis acquiescèrent et s’en furent au galop, en prenant la direction de Stratholme.
Ils retrouvèrent Dorval quelques heures plus tard, aux abords de la cité. Il se tenait debout, raide comme un piquet, devant un pont de pierres qui enjambait des eaux noirâtres, apparemment des douves. Lorsqu’ils s’en approchèrent, il était pâle et tremblant. Le garçon se tourna vers eux : « Je … Je suis désolé. Je ne sais pas ce qui m’a pris. »
Il se tût et regarda le sol, honteux. Hargorn prit les choses en main. Il ordonna : « Les enfants, on ne va pas rester plantés là. On s’écarte de la route, c’est plus prudent et on établit un campement. »
Tous s’activèrent. « Quand c’est fait, mon magicien et mon druide en herbe – il fit un clin d’œil à ses deux compères – vous me trouvez ce qu’à ce ptit gars. Il faut que ça se règle parce qu’on on a une sacrée journée demain ! »
Quelques minutes après, ils s’étaient installés derrière un petit tertre en terre noire. Une odeur fétide de putréfaction s’en échappait. Mais c’était tant mieux, ça leur permettait de ne pas se faire repérer par les troupiers du Fléau.
Toujours dans la même veine, Hargorn préparait à manger, sardines froides en sauce et racines, sans feux. Pendant ce temps, Azazrel, Dorval et Nimby parlementaient.
L’elfe demanda au jeune sorcier : « Dis nous tout ami, n’omet aucun détail. »
Alors l’adolescent raconta. Il parla de ses premiers souvenirs, lorsqu’il s’était réveillé à Hurlevent à l’âge de dix ans chez un vieil apothicaire qui lui avait appris son nom. Très vite, il s’était enfui pour vivre dans les rues.
Il confia que les seules images qu’il avait alors de son passé, c’étaient celles de paisibles citadins s’effondrant brusquement puis qui se relevaient en monstruosités plus mortes que vivantes.
Il narra l’épisode de la cave secrète, située sous l’auberge, où il avait assisté à l’invocation d’un Nathrezim puis qu’il avait touché les cendres de la créature et qu’il s’était évanoui. Parfois, le druide et ou le magicien l’arrêtait pour qu’il précise un passage de son récit. Puis le garçon reprenait. Il décrivit ensuite son arrivée chez Mor’Zul (en entendant ce nom, le gnome grogna) qui l’avait formé. Enfin, il expliqua ce qu’il lui était arrivé juste avant de partir pour Hurlevent, ainsi que l’analyse de son maître.
À la fin de son histoire, ce fût Nimby qui parla : « Il faut admettre que ton mentor a vu juste. Tu as dû assister dans ton enfance à des évènements que quelqu’un ne voulait pas que tu voies. Cette personne t’a jeté un sort d’amnésie. Mais l’individu a dû mal l’éxécuter et tes pouvoirs, acquis par le biais des cendres du démons, en se développant, rongent cette barrière magique. Ce qui explique pourquoi des brides de ta mémoire commencent à ressurgir. »
Azazrel finit l’explication d’une voix calme, ce qui apparemment apaisait Dorval :
« Cette réaction qui semble résulter de chaque évocation de ton passé doit être intimement liée à ce que tu as vu et donc ce qu’il t’est occulté pour l’instant. Je te conseille d’être très prudent demain. »
Lorsqu’ils eurent finis de discuter, Hargorn vint les prévenir qu’« il était ****ment temps de se mettre à table ! »
Pendant que les ombres s’allongeaient au clair d’une pleine lune qui s’élevait dans un ciel sans étoile, les quatre compagnons mangeaient et buvaient en silence.
Au loin, ils percevaient le bruit des troupes morts-vivantes qui exécutaient leurs rondes ; d’un pas lourd qui faisait trembler la terre pour les aberrations de chair ou avec un son de maille qui racle le sol pour les guerriers squelettes.
D’encore plus loin, leur parvenaient les hurlements des chiens pestiférés qui pullulaient dans la région. Après leur repas, Azazrel prit le premier tour de garde. Les trois autres s’endormirent, leurs armes non loin d’eux. Le lendemain, ce fut Nimby qui réveilla tout ce petit monde : « C’est l’aube, compagnon. » chuchota-t-il à chacun d’entre eux, non qu’il fût-ce pleinement jour comme on pouvait l’entendre en Forêt d’Elwynn ou en Dun Morogh. Mais puisque les ténèbres qui les enveloppaient en permanence se faisaient moins opaques, on pouvait en déduire qu’effectivement, le jour se levait. Les quatre aventuriers se rincèrent le visage avec de l’eau invoquée par Nimby et prirent leurs armes.
Au moment où ils allaient se mettre en route, une voix forte et glaciale brisa le silence du petit matin : « Bien maintenant que ces messieurs ont achevé leurs ablutions matinales, peut être pouvons-nous passer aux choses sérieuses ? »
Un homme de haute stature leur apparut dans la brume. Sa peau était d’un blanc de craie et ses yeux, sans pupilles et noirs de jais, brillaient pourtant de mille feux sombres.
Il était vêtu d’une armure indigo, parsemée d’ossements. Une lourde cape pourpre lui tombait lâchement des épaules. De rares cheveux grisonnants et un ruban noir coiffaient le sommet de son crâne. Il tenait dans sa main une immense flamberge luisante garnie de runes étranges. « Veuillez me pardonnez, j’en oublie la politesse la plus élémentaire. Je me présente : Baron Vaillefendre, maître de ces lieux… »
Chapitre IV : Un un ours, un gnome et un elfe en moins
Les derniers rayons du soleil, flamboyant dans le crépuscule, disparaissaient à l’horizon. Une grande cité aux murailles blanches, blottie derrière un large cours d’eau qui lui servait de douve, brûlait. Un petit garçon en larmes se tenait devant l’une des deux arches qui constituaient l’entrée de la ville. Un homme à cheval en sortait, accompagné par deux gardes lourdement armés. Le cavalier et son escorte passèrent à côté de l’enfant qui continuait de pleurer. L’un des gardes le poussa en grognant : « Du large gamin, place au seigneur Vaillefendre. »
Ce dernier ne broncha pas. Les larmes ruisselant sur ses joues rosies par une légère bise, il avait le regard rivé sur la ville. D’immenses flammes s’en échappaient, produisant une chaleur épouvantable. Des cris stridents, témoins d’une horreur invisible aux yeux du petit, accompagnaient ce spectacle. « Mère … Père … Kaerina. Revenez. » bredouilla-t-il.
Entendant ces paroles, l’homme à cheval et ses gardes éclatèrent d’un rire sonore.
Le trouble envahissait Dorval à mesure qu’il revenait à la réalité. Il avait la vue brouillée. « Vous … ». Il avait du mal à parler et suffoquait. « Je dois me contrôler. » pensa-t-il. Le garçon prit une profonde inspiration.
« Je vous connais ! Je sais que vous étiez présent ! » articula-t-il entre ses dents. Vaillefendre sourit et susurra chacune de ses paroles, comme pour les savourer : « Oui très cher. Effectivement nous avons déjà eu cet honneur. Et oui, j’étais là. J’ai vu tes parents mourir. Puis se relever en esclaves ! »
Il ajouta, sur un ton semblable à un chuchotement : « Laisse moi te conter leur chute ! Ta mère d’abord. Soyons galants ! Un revers de masse dans le dos y suffit. Ton père, impuissant, se laissa ensuite abattre. Une lance lui traversa le torse. Enfin, ta sœur. Une flèche. Une seule. »
Le rire dément de Vaillefendre éclata soudain dans l’air des Maleterres, comme le claquement d’un fouet.
Froid comme la glace.
Il reprit, avec le même sourire narquois : « Pathétique hein mon garçon ? Assassiné par leur propre pr… »
« Nooooooonnn !! Dorval c’est un piège, quelque chose sort de la cité ! » hurla Hargorn. Le démoniste fit volte-face. Une masse sombre avançait effectivement au niveau des ruines en forme d’arche, près de l’entrée de la ville.
En forme d’arche. Des arches. Deux arches.
Une fois de plus, les souvenirs de Dorval refaisaient surface, en morceaux, sans qu’il ne puisse se remémorer un tout. Un bruit de sabot résonna. Le garçon se tourna de nouveau.
Vaillefendre s’enfuyait vers la cité, monté sur une créature faite d’os et de débris d’armure. « Si tu veux tes réponses et ton livre, il faudra venir les chercher, ah ah ! » tonitrua le Baron.
« Hargorn, qu’est ce c’est ? » lança Nimby. Le nain ferma les yeux. Un cri de rapace retentit. Brusquement, il les rouvrit. Il balbutiait de terreur : « … Tous ! …. Entière ! »
« Quoi ? De quoi entière ?! » beugla Dorval. Azazrel, qui n’avait rien dit depuis l’arrivée du Baron, laissa tomber :
« L’armée de Stratholme. Tous les morts vivants en garnison. Sans exception. Ils arrivent vers nous … »
Nimby eut une idée : « La porte de service ! J’ai encore la clé ! Pendant qu’ils nous chercheront ici, nous entrerons dans la ville. »
Hargorn semblait retrouver ses idées quand il dit : « Parfait. Alors en route. Nous avons une quête à accomplir les enfants ! ». Dorval psalmodia quelques mots puis il bondit sur un imposant destrier de flammes qui venait d’apparaître sous ses yeux. Les trois autres prirent leurs montures respectives et tous s’en furent au triple galop.
Quelques minutes plus tard, ils avançaient prudemment dans les ruelles de Stratholme. Se remettant de ses émotions, Dorval ne pouvait quitter les bâtiments des yeux. Certains n’étaient plus que poussières. D’autres n’avaient qu’un mur. Quelques uns avaient « la chance » de donner encore un semblant d’idée de leur ancienne architecture. Mais tous brûlaient ardemment. D’où venait le combustible dans de telles ruines, mystère.
Hargorn marchait à ses côtés d’un pas pesant pour sa petite taille. La mine triste, il dit doucement : « Sept années que l’ancien joyau du royaume de Lordaeron brûle.
-Comment est-ce possible ? » s’étonna le jeune démoniste.
« Incroyable ! Il ne sait même pas » dit la voix criarde de Nimby qui avançait quelques mètres derrière eux. Le chasseur nain contemplait Dorval d’un air ahuri. Après plusieurs, secondes, il se reprit et lui conta tout bas : « À part la capitale du royaume, Stratholme était la plus grande ville du royaume et la plus peuplée. C’est pourquoi le Fléau devait la convoiter. Pour se constituer une armée.
Ses membres, les damnés, y répandirent une maladie qui transforme ceux qui en sont atteints en morts-vivants. Sur la volonté du prince héritier devenu fou, la cité fut mise à sac pour la purger, par le feu, de cette peste. Mais cela ne suffit pas. Une fois le prince parti, les morts vivants se multiplièrent de nouveau. Depuis ce qu’on appelle “l’épuration de Stratholme”, la ville brûle. En effet, la concentration de la peste est telle que cela agit comme un combustible. »
Azazrel qui marchait devant eux, s’arrêta soudainement. Et pour cause, une triste vision s’offrait à leurs yeux. Des monceaux de cadavres sanguinolents s’entassaient sur tout le pourtour d’une vaste place. Près des anciennes boutiques et maisons réduites en décombres, des centaines de silhouettes noires semblaient discuter autour de chaudrons fumants, bien qu’un silence de mort régnait sur les lieux. Au centre de la place, une tour se dressait. Elle était en pierre polie, de couleur noire. L’édifice s’élevait vers le ciel des Maleterres. Pollué par la peste et teinté d’un rouge-orange par le feu, d’énormes nuages toxiques s’y avançaient lourdement. Le sommet de la tour était coiffé d’un immense cercle en os, ponctué de piques.
« L’abattoir … »
Dorval ne vit même pas qui avait parlé, trop absorbé par ce spectacle morbide.
Vaillefendre les attendait sur les marches du bâtiment. Sa cape, agitée par le vent, semblait vivre dans son dos. Il brandissait son épée luisante d’une main ferme.
« Vous avez échappé temporairement à la mort. Ce n’est que mieux. Mes messires, j’aurai donc l’honneur d’apporter vos têtes sur un plateau au Roi-Liche ! »
Hargorn ne se laissa pas décontenancé. Il chuchota à Azazrel : « Dissimule-toi comme tu sais si bien le faire. Place-toi derrière lui et attend y mon signal. »
Il s’adressa ensuite aux deux autres qui écoutaient : « Nimby, Dorval, quand je le donnerai, déchainez-vous ! »
L’elfe, l’homme et le gnome hochèrent la tête en signe d’approbation. Puis, Azazrel disparut dans un nuage de fumée. Dorval crut voir, ne serait-ce qu’un instant, un puissant félin avant qu’il ne disparaisse. Le nain sortit d’un étui en cuir situé dans son dosun canon à main « souffle-dragon ». Une arme énorme, de couleur rouge, dont le canon était une tête de dragon sculptée. Il chargea son fusil et attendit, les sourcils froncés, visiblement concentré. Enfin, il siffla. Un gigantesque ours brun apparut à ses côtés. L’animal gronda. « Tout doux Brazgal. » murmura le chasseur.
Un rire froid, sans humour, déchira le silence qui pesait sur la place. « Vous pensez être de taille à m’affronter ? » ricana le Baron. Silence.
« ALORS VENEZ VOUS MESURER À LA PUISSANCE DU FLÉAU SI VOUS L’OSEZ !! » rugit-il avant de s’élancer vers ses quatre adversaires, son épée runique à la main.
Hargron tonna : « Maintenant ! » et tira une balle qui, au milieu de sa course, se mua en un éclair bleuté.
Azazrel, sous la forme d’une immense panthère au pelage nuit, bondit sur le Baron, accompagné de l’ours Brazgal. Dorval et Nimby tendirent tous deux leurs bras en avant, d’où jaillirent un éclair de givre et un trait de l’ombre.
Un rictus se forma sur le visage du chevalier de la mort. Il s’arrêta et agita sa flamberge. Les attaques magiques du chasseur, du démoniste et du mage disparurent en même temps, à cinq mètres de leur cible. Mais Azazrel s’abattit avec souplesse derrière Vaillefendre et toutes griffes dehors, il allait le lacérer. Son ennemi se retourna et, d’un revers de lame d’une rapidité foudroyante, le découpa en deux. Dans une explosion de fumée, le corps ensanglanté du druide, qui suffoquait, apparut. Azazrel émit un dernier râle et mourut. Le ténébreux combattant s’en détourna pour s’attaquer au familier d’Hargorn.
Un grondement de tonnerre retentit. Un cratère se forma sous l’ours, dont les abysses bouillonnaient et émettaient une lueur rouge sang qui illuminait la place. Une dernière déflagration et le cratère disparu. De l’animal, il ne restait qu’un petit tas de cendres.
Nimby s’écria : « Non ! »
« Reste concentré ! » lui lança Hargorn. Paradoxalement, son expression faciale criait le contraire. Visiblement, il brûlait de foncer sur son adversaire pour le déchiqueter à mains nues pluôt que de “rester concentré“.
Tandis que Vaillefendre avançait vers eux, Nimby brandit ses deux mains, les paumes grandes ouvertes et cria un mot, un seul, et un souffle ardent fusa sur le sombre spadassin. Juste à temps, Hargorn s’était jeté sur Dorval pour le mettre à couvert.
L’explosion pyrotechnique, partie à une vitesse vertigineuse vers le Baron, se désintégra avant de l’avoir atteint. Vaillefendre affichait l’expression d’une fureur impitoyable. « Vous venez à bout de ma patience ! » cracha-t-il.
Sur ces mots, il agita de nouveau son arme runique. Dorval s’était avancé aux côtés d’Hargorn. Un étrange son se fit entendre derrière eux, comme un bruit de succion. Ils se retournèrent et virent que Nimby était couché, face contre terre, le corps couvert de bubons. Il suffoquait. Puis sa peau s’effilocha et ne resta sur le sol que des os et des vêtements.
« Alors là … Cela tu vas me le payer Vaillefendre … » souffla Hargorn. Le nain dégaina deux lames de guerre des Hakkari, épées à l’allure mortelle et aux reflets d’émeraudes. Il attaqua, du tranchant de ses lames.
En retour, le Baron leva son épée, détourna les armes de son adversaire. Puis il abattit lourdement la flamberge vers la tête du chasseur. Celui-ci para et attaqua de nouveau.
Dorval lui, n’était pas en reste. Il achevait une longue tirade. Bientôt ses mains flambaient. Puis, un éclair vert illumina la place. Cette fois, le chevalier de la mort prit le sort de plein fouet. Il fut projeté sur une dizaine de mètres avant de retomber dans un bruit sourd.
Il émit un grognement de douleur et d’un bond se remit sur ses pieds.
Il avait la face brûlée au dernier degré mais ne paraissait pas en souffrir outre mesure. Le seigneur de Stratholme fixait intensément le démoniste et son allié.
Des éclairs sombres ligotèrent Hargorn et le jeune homme. Ils les tiraient inexorablement vers Vaillefendre.
Quand ils les lâchèrent à ses pieds, un froid s’emparât de Dorval. Son esprit se pétrifiait.
Il ne pouvait se souvenir du moindre sortilège. Ses yeux se faisaient lourds. Le froid s’insinuait désormais dans tout son corps. Il s’effondra.
Hargorn, lui, croisait de nouveau le fer avec son ennemi. Le choc de l’acier enchanté contre le métal de saronite retentissait bruyamment dans toute la place.
« Je joue avec toi, nain ! Tu es bon bretteur mais je vais en finir ! » ricana le Baron. Hargorn se figea. La lame de son adversaire se teinta de mauve. Il frappa. Le chasseur para mais ses lames explosèrent et il tomba à genou. Le chevalier de la mort brandit à nouveau son arme, dans le but d’achever le nain. Brusquement, il lâcha son épée et gémit : « Je … Je n’ai plus de force … D’où … Je suis … Faible … Quelle est cette supercherie ?! »
Dorval se relevait, le teint pâle et les mains toujours en avant après avoir lancé la malédiction de faiblesse. Hargorn fit de même, fouilla dans une poche et en tira une fiole, remplie d’un liquide de couleur azure. Il l’a déboucha. D’une voix vibrante de colère, il dit, tout en versant doucement le contenu de la fiole sur son ennemi qui tombait à genou en contemplant toujours ses mains blanches : « Je vais te tuer doucement Vaillefendre ! Pour tout le mal que tu as fait à cette contrée ! Pour le sang des innocents, de mes amis et de mon Brazgal que tu as versé ! »
Il continuait de verser le liquide bleu, de plus en plus vite désormais. « Ce-ci est une eau bénie par l’archevêque Alonsus Faol, connue sous le nom d’eau sacrée de Stratholme. Tu sais ce que cela signifie pour toi ?! »
Le nain acheva de vider la fiole. Lorsqu’elle entra dans le champ de vision du Baron qui était maintenu au sol par le sort, il devint encore plus livide qu’il ne l’était déjà.
Il hurla : « Non !! AAAaaaahhh !! Ça … Ça me brûle !! »
Son armure avait fondu au contact du liquide. Puis celui-ci avait atteint la chair putride du chevalier de la mort. Dorval s’agenouilla aux côtés du seigneur de Stratholme qui continuait de geindre. Une idée lui avait traversé l’esprit. « Vaillefendre, vous qui étiez présent. Comment ma famille a-t-elle été assassinée ? » demanda le sorcier.
Son interlocuteur posa ses yeux noirs sur lui. Puis, le pantin du Roi Liche bredouilla, entre deux gémissements de douleur : « Sois maudit ! C’était … C’était ici-même, lors de l’épuration. Par le prince Arthas Menethil en personne … Sa Majesté … Fou à lier … Sire héritier de Lordaeron … Il a ordonné de massacrer les habitants jusqu’au dernier … Infectés ou non … Peu lui importait … »
Une horreur indiscible saisit le jeune sorcier et lui glaça le sang. Menethil lui-même ! La terreur le faisait trembler tandis que l’adolescent entendit les dernières paroles du chevalier ténébreux, au comble de l’agonie et dont le corps commençait disparaître.
« Alors… Argh ! … Armé de sa puissante masse et prenant la tête de ses hommes … Aaaahhhh … Il est entré dans la ville pour tailler en pièce quiconque se trouvait sur son passage. Les premiers étant tes parents et ta sœur pauvre imbécile !
Mais jamais tu ne l’atteindras. Le Roi-Liche … Le Roi-Liche le protège désormais. Tes pouvoirs de pacotille seront balayés devant la puissance du … du seul vrai Roooiiiiiiiii … »
Sur ces dernières paroles énigmatiques, Vaillefendre fut prit de convulsions. Puis il ne bougea plus.
Dorval sentit alors quelque chose, comme une entrave, lâcher son esprit. Telle une chaine dont les maillons étaient si rouillés qu’elle se serait détachée. Les révélations du Baron avaient achevé de rompre le charme d’oubli. Tout lui revenait. Bien sûr. Stratholme avait été son foyer … Les images se faisaient nettes, limpides comme de l’eau de roche …
L’avenue principale, baignée par la lumière du soleil de fin d’après-midi, avec ses bâtiments en pierres blanches et aux toitures vermeilles. La masse, maniée par un jeune homme aux longs cheveux blonds paille, brisant nette le dos de sa mère, le sang qui s’échappe de sa bouche et macule sa belle robe crème. Son père, juste derrière, hurlant. Son visage ravagé par la tristesse. Puis, le garde en armure aux côtés du jeune prince qui le transperce de sa lance d’acier. Enfin, sa sœur sur le pas de la porte de leur maison aux charpentes de bois, les yeux écarquillés lorsque la flèche l’atteint. Sa course à lui, petit garçon qu’il est, vers les portes de la ville.
Et alors elles coulèrent de nouveau, les mêmes larmes qu’il avait eues six ans plus tôt aux portes de Stratholme. Une fureur incontrôlable l’envahit également. Cette haine au goût si acide. Ce flot de colère si puissant.
« Arthas … » fulmina le garçon. Il abhorrait désormais le prince. Menethil l’avait privé de sa famille, privé de son enfance. Par ailleurs, l’héritier avait assassiné des dizaines d’innocents puisqu’il n’avait pas cherché à savoir qui était atteint par la peste. S’ajoutait la phrase énigmatique de Vaillefendre : « Le Roi-Liche le protège désormais … »
Le futur roi serait donc un traître ? Corrompu par le Fléau ?
Le ressentiment et la frustration de l’adolescent le brûlaient intérieurement.
À ses côtés mais tourné vers ce qui restait de leurs compagnons perdus, Hargorn contemplait l’abattoir. Sans même un regard, il dit au démoniste, la voix pleine de rancœur : « Deux de mes amis et mon familier sont morts ici. Ils avaient un but. Alors tu vas me faire le plaisir, avant que les morts vivants n’arrivent, DE ME TROUVER CE FICHU BOUQUIN !! »
Sa voix gutturale eut écho qui se répercuta dans toute la place. Dorval se secoua et marcha vers l’entrée de l’abattoir. Il en monta les marches gluantes de boue et de chair. Une fois à l’intérieur, il vit que du sang ruisselait sur le sol.
Une odeur de décomposition lui monta aux narines. Le sorcier se faufila le long d’un corridor et arriva dans une antichambre lugubre. Celle-ci était vide. Mis à part un épais manuscrit noir à la reliure de cuir qui trônait au centre d’un cercle tracé avec un pigment de couleur ocre. Sur la première de couverture, il y était inscrit : « Dernier Livre de Medivh, héritier des gardiens et magus de la Tour de Karazhan. »
Le démoniste prit le livre dans ses mains moites. Les paroles de Vaillefendre lui revinrent en mémoire : « Mais jamais tu ne l’atteindras … Tes pouvoirs de pacotille seront balayés face à la puissance du seul vrai Roi. »
Hargorn entra. Il jeta un coup d’œil à l’ouvrage et lança à Dorval : « Les troupiers du Fléau reviennent. Et lorsqu’ils comprendront que le général local est mort, ça va être notre fête. Viens il faut qu’on parte ! »
Quand ils furent partis de la cité maudite, ils se dirigèrent vers la tour de garde de la Couronne.
Symbole de veille perdu d’un autre âge, elle servait maintenant d’avant poste à l’Aube d’Argent. En haut du bâtiment, ils se reposèrent.
Dorval était plongé dans ses pensées. Hargorn parla alors d’une voix douce, avec un sourire contrit : « Je sais ce que tu imagines. Tu rumines ton passé nouvellement retrouvé et tu pleures les personnes qui t’avaient, pour la première fois, manifesté de l’amour en cherchant à t’aider et en te confiant leur amitié. Et là, tu ourdis ta vengeance contre Arthas et le Roi-Liche. Mais bien que Vaillefendre soit un pourri, un meurtrier et un fou, il avait raison sur un point. Tu n’es et ne seras jamais assez fort pour affronter le geôlier des morts »
Dorval laissa aller son regard hors de l’enceinte de la tour. Il observait en direction du sud. Vers le défilé de Deuillevent, vers Karazhan.
« Pas si je me prépare pour cet affrontement. » dit-il au nain.
FIN DU LIVRE I
LIVRE II
Prologue
L’Epuration, quelques mois avant la défaite des démons devant l’Arbre-Monde …
Plus de souffle … Elle n’avait plus de souffle. L’air lui manquait. Sa gorge était en feu. Une douleur foudroyante … Au crâne … Comme si un épieu l’avait transpercée de part en part. Quelque chose de poisseux coule le long de son corps. Du sang … Son sang !
Où étaient ses parents ?
Elle ouvrit une ultime fois les yeux et vit son frère, courant vers les portes de la ville. Resterait-il en vie ? Elle le souhaitait de tout son coeur.
« Je le retrouverai … Après … Quand tout sera fini » se promit-elle.
Autour d’elle, les gens s’effondraient sous la pluie de flèches ou les coups de glaive. Un massacre commi par un prince qu’ils admiraient tant.
Où étaient ses parents ?
Elle n’eut bientôt plus la force de se maintenir debout. Elle s’affaissa. Son corps était pris de convulsions et de tremblements incontrôlables.
« Pourquoi ? » gémit-elle.
Une image de ses parents flotta dans son esprit. Elle les voyait souriant, main dans la main, innondés de soleil. Elle délirait. Une fièvre la prenait. Son frère se joignit à cette vision délicieuse de sa famille rassemblée. Puis ses yeux se fermèrent tout doucement.
Elle eut froid, très froid. Quelqu’un hurla. Soudain, elle ne sentit plus rien. Sa conscience dériva, longtemps. Après ce qui lui sembla être une éternité, une présence émergea du néant.
Une présence forte, imposante, intimidante même. Elle se sentait compressée par cette mystérieuse entité. Une voix, glaciale et profonde, brisa le silence :
-Viens … Viens à moi … Viens à moi et je te ramènerai parmi les tiens !
Elle ne comprenait pas. Qui était cet individu ? Il ne lui inspirait aucune confiance. Elle avait des difficultés pour se concentrer. Elle était frigorifiée, le froid lui faisait l’effet d’une lame lacérant sa peau.
-Deviens ma servante et je te ramènerai parmi les tiens, ajouta la voix.
Le froid augmentait en intensité. La souffrance était insoutenable.
-Viens à moi ! Et tu retrouveras les tiens ! insistait la voix.
Sa conscience s’agita. Ce serait tellement agréable de se libérer du supplice de ce froid mordant. Sa famille ! Elle se raccrochait à cet ultime espoir de la revoir un jour pour ne pas se retrouver engloutie par le néant. La tentation était grande, d’autant que le froid la torturait.
-Viens à moi et je te ramènerai, susurra une dernière fois la voix.
La bise glacée l’écorchait. Elle hésitait. L’entité l’effrayait. La sensation glaciale se fit plus intense.
-Sois ma disciple et tu seras libre de retrouver ta famille ! murmura de nouveau la voix.
Une autre rafale gelée acheva de la convaincre.
-Je … J’accepte … souffla-t-elle.
Alors, elle attendit d’être libérée. Mais le froid, au lieu de diminuer, se fit plus fort encore. Elle eut l’impression qu’une pointe gelée la transperçait. Sa conscience et sa volonté volèrent en éclat. Elle ne se contrôlait plus. Elle eut une vision. Elle vit un pic dans une tempête de neige au sommet duquel se dressait un trône de glace étincelant. Puis une autre image se matérialisa. Le prince qui avait assailli sa ville natale. Il avait un teint d’albâtre et des cheveux blancs. Il se coiffait d’un heaume-couronne. Le métal était si sombre, si opaque, qu’il semblait aspirer le peu de lumière environnante. Ensuite, ses parents lui apparurent. Leur peau était verdâtre. Leurs faces étaient couvertes de cloques et de bubons putrides. Ils hurlèrent. Le son qui sortit de leurs bouches était suraigu, strident … terrifiant. Tandis qu’ils continuaient de crier, les muscles de leurs visages commencèrent à se fendiller, libérant un flot de sang vicié. Ils tendirent leurs bras vers l’avant et se ruèrent vers elle. La voix éclata de rire. Un rire dément et assourdissant.
-Je t’avais promis que tu pourrais revoir ta famille !
Brusquement, c’est elle qu’elle distingua. Vêtue d’une armure noire, le regard cruel, elle massacrait d’innombrables gens avec des pouvoirs incomensurables. Une vision d’horreur sans nom. Partout, elle répandait sang et fureur d’un claquement de doigts. L’amertume et la colère l’envahirent à mesure que ce cauchemar continuait. La voix l’avait trompée.
Les images continuaient de défiler. Des insectoïdes immenses et cadavériques marchaient à ses côtés. Des chevaliers ténébreux qui s’entraînaient. La corruption et la maladie qui se répandaient dans des régions entières. Une forêt luxuriante et ensoleillée bientôt gagnée par le mal qu’elle déclenchait, sans qu’elle ne puisse lutter contre la terrible force que la voix exerçait sur elle. Les habitants de ces bois, des créatures nobles et élégantes, moururent dans d’atroces souffrances, la chair rongée par la gangrène la plus sordide.
Puis, elle discerna un monstre ailé à cornes qui se dressait dans une cité en ruines. Son regard vert émeraude brillait tellement qu’il en devenait aveuglant. Un rictus de haine se dessinait sur son visage. Il brandissait un objet. Un artefact, elle en était certaine. Soudain, les images se brouillèrent. Le monde sembla basculer de nouveau dans le vide et l’obscurité.
Lentement, les morceaux épars de sa conscience se recollèrent. Sa volonté lui revint progressivement. La pression sur son esprit se relâcha. Elle sentit qu’elle avait un corps. Une identité toucha sa pensée. Mais celle-ci était incomplète, blessée.
« Kaerina »
Ce nom résonna violemment à ses oreilles. Elle ouvrit les yeux. Un caveau de pierres grises s’offrit à son regard. Une bougie éclairait faiblement l’endroit. Elle se mit sur son séant et observa sa main. Elle aurait pu être terrifiée quand elle la vit. Elle aurait dû être terrifiée. Mais un simple étonnement la saisit lorsqu’elle observa son bras.
Il n’y avait plus que des os et des lambeaux d’une chair blafarde qui tenaient à peine. Elle reporta son regard sur la pièce qui l’entourait. Un escalier lui faisait face. Elle l’emprunta. Lorsqu’elle en émergea, elle ne sentit rien. Pas l’air qui agitait ses cheveux raides et décolorés, pas l’eau de la pluie qui ruisselait sur son corps décharné. Elle ne sentait strictement rien.
Une voix rauque retentit :
-Que la Dame Noire veille sur vous !
Chapitre I : Parmi les morts
Quatre années après la défaite de la Légion au Mont Hyjal
Le Glas, Royaume déchu de Lordaeron.
- Où suis-je ? questionna Kaerina.
-Au Glas, dans les Royaumes de l’Est lui dit le mort qui lui faisait face.
Kaerina ne parût pas l’entendre. Elle était absorbée dans la contemplation du paysage qui l’entourait. Des arbres morts et pourrissants, une terre noire, parsemée de champignons et de moisissures. Au loin, quelques ruines.
-Je suis le fossoyeur Mordo, reprit le revenant d’une voix gutturale, chargé des nouvelles recrues de la Dame Noire. Les réprouvés ont beaucoup à faire ici.
La mort-vivante sembla revenir à elle. Elle toisait désormais son interlocuteur de son regard jaune.
-Sommes-nous morts ? demanda-t-elle.
-Oui. Mais animés par la nécromancie du Roi-Liche, répondit Mordo.
-Nous ne sommes plus sous son contrôle n’est-ce pas ? La Voix, elle … J’ai senti …
-Non. Nous autres, les réprouvés, il mit sa main sur sa pointrine - ou ce qu’il en restait -, nous avons notre libre-arbitre dans la non-mort. L’important est de savoir ce que vous allez faire de cette deuxième vie. La Dame Noire nous propose un pacte.
Si vous rejoignez nos rangs, vous ne serez jamais abandonnée et vous obtiendrez justice contre la tyrannie du prince des morts. Mais le prix à payer est un engagement et une loyauté sans faille. Acceptez-vous ?
Kaerina sonda ses pensées et ce qu’elle ressentait. Elle ne perçut qu’un vide abyssal. Tout sentiment ou émotion avait disparu, à l’exception d’une seule chose. Sa volonté. Une froide détermination qui l’animait en ce moment même. La vengeance. La vengeance du massacre dont elle avait été témoin. Voilà ce qu’elle réclamait. La vengeance et la vérité. Comprendre pourquoi un tel carnage contre les siens et où étaient-ils à présent. Mais cette tâche nécessitait des alliés. Les réprouvés feraient-ils l’affaire ? La jeune revenante murmurra :
-Je deviendrai une réprouvée.
-C’est ce que nous verrons rétorqua le fossoyeur avec un sourire énigmatique. Aller voir le prêtre des ombres Sarvis dans l’église du village, poursuivit-il. Il est le responsable ici et il vous dira quoi faire.
Kaerina tourna les talons et se dirigea vers les masures en contrebas. De dos, elle entendit Mordo lui lançer :
-Ne tentez pas de nous tromper ! Nous saurons bien assez tôt si vous êtes réellement avec nous !
« Ou contre vous ? » pensa la non-vivante tandis qu’elle dévalait la pente douce qui menait au village du Glas.
Quelques maisons de bois et de chaumes, la plupart effondrées et noires de suie, ainsi qu’une chapelle saccagée, constituaient les seuls bâtiments de la bourgade. Des réprouvés hagards en parcouraient les rues.
Certains étaient vêtus de débris d’armure en acier rouillé, d’autres de haillons. Kaerina passa les clôtures de fer qui entouraient le bourg et pénétra dans le lieu de culte en ruines. À l’intérieur, un conseil se tenait. Sur une estrade, un revenant s’appuyait sur un lourd bâton de cérémonie. Deux femmes habillées en robes dépenaillées - l’une rouge sang, l’autre d’un gris paticulièrement sombre - étaient à ses côtés. Enfin, un homme, lui vêtu d’un habit mêlant des tons vermeil et noir, chichement cousu de fils d’or, faisait également parti du conseil.
Distinguer le sexe des mort-vivants relevait de la chance, songea Kaerina. Ils avaient si peu de peau sur les os et de cheveux sur le crâne que les confusions devaient être nombreuses. Comme personne ne semblait la remarquer, elle toussota. Le mort-vivant au bâton clérical se tourna vers elle.
-Ah ! Voici la nouvelle recrue, lança-t-il. Il l’observa un instant puis reprit, sans même chercher à connaître son identité. Son statut de « recrue » suffisait apparemment.
-Il y a fort à faire, savez-vous ? Mais, avant toute chose, il nous faut déterminer vos talents.
D’un geste, il désigna les autres mort-vivants avec lui.
-Ici sont présents des maîtres des arts magiques. À ma gauche, la magistrice Isabella. À ma droite, le sorcier Maximillion. Dans l’auberge, en face de l’église, vous trouverez Dannal Stern, notre maître d’arme. Enfin, si vous vous dédiez aux soins ou à l’assassinat, adressez-vous à Duesten ou à David Trias. Choisissez selon vos affinités.
La sorcellerie ou la magie terrifiaient Kaerina. Le souvenir douleureux des massacres qu’elle avait commis avec ses pouvoirs dévastateurs était encore vif. Mais elle devait apprendre à se défendre. Par ailleurs, la brutalité ou les arts des assassins ne l’attiraient guère.
-Quel ordre est-il en charge des soins ? demanda-t-elle.
Ce fût le sombre clerc Duesten, entré dans la chapelle quelqus instants auparavant, qui lui répondit d’une voix grave et éraillée :
-Les prêtres de Fossoyeuse. Mais tous ne sont pas faits pour intégrer notre confrérie. Devenir prêtre alors que nous sommes toujours animés par la noirceur du seigneur des morts requiert une discipline toute particulière. De plus notre pouvoir ne se résume pas à un art curatif. Avec de l’entraînement, vous pourriez devenir quelque chose de plus … offensif.
Il s’approcha et la contempla d’un regard inquisiteur, un sourire narquois s’imprimant sur sa face blanchâtre. Pendant ce temps, la jeune revenante réfléchissait à toute vitesse. Cette voie semblait être ce qu’elle recherchait.
-Montrez-moi dit-elle.
-Doucement jeune effrontée, il faut d’abord savoir si vous avez les dispositions requises ! Pour l’heure, allez vous trouvez une autre tenue que ces loques - il montra d’un geste les haillons avec lesquels Kaerina était vêtue - ainsi qu’une massue.
Elle acquièça d’un signe de tête et tourna les talons. Elle sortit de la chapelle, traversa la ruelle principale du bourg et pénétra dans l’auberge qui faisait face au bâtiment religieux. Quelques mort-vivants discutaient près d’un feu diffusant une lumière crépusculaire. Un détail frappa Kaerina. Tout ici semblait mort. Les murs en peinture écaillée, les tapis mangés par les mites, les pintes et les gobelets en métal cloqué de rouille. L’aubergiste arriva vers elle d’un pas claudiquant.
-Que puis-je pour vous ?! aboya-t-il d’un ton agressif.
-Je cherche un fripier, je n’ai pas les moyens d’acheter mieux.
Son interlocuteur éclata d’un rire gras et perdit une dent au passage.
-Mieux ? Parce que vous croyez qu’il y a mieux que des fripes par ici ? Des parures et des joyaux rutilants peut-être ?!
Kaerina était décontenancée. Elle afficha une mine dubitative. L’autre soupira et héla un guerrier qui portait une lourde cotte de maille et un glaive à large lame ceint dans le dos.
-Stern ! Va me quérir Kava !
Sans dire un mot, l’intéréssé hocha de la tête et sortit en trombe. L’aubergiste se tourna vers la jeune femme.
-Vous venez de vous réveiller n’est-ce pas ?
Il ne lui laissa pas le temps de répondre, saisit une chaise grossièrement taillée et lui indiqua qu’elle pouvait s’y asseoir. Kaerina accepta sans discuter et s’assit. Le mort reprit :
-Que savez-vous de nous ?
-Vous êtes des réprouvés, ceux qui ont échappé au contrôle de la v… du Roi-Liche
Il ferma les yeux, laissant apparaître des paupières quasiment translucides.
-Oui mais le destin a été pernicieux. Certes nous avons été libérés de notre geôlier. Mais, vois-tu - il fit un signe de tête vers l’arrière - ces terres autrefois étaient les nôtres. Le Royaume de Lordaeron était jadis notre foyer. Et lorsque nous nous sommes affranchis de Ner’Zhul, nous avons retrouvé une patrie dévastée par la guerre et pourrie par la Peste. Tout n’était plus que ruine et désolation. Il ne reste plus rien de notre ancienne fierté. Tout nous a été arraché, tout est mort à présent.
L’aubergiste rouvrit les yeux et lui demanda :
-D’où venais-tu dans ton ancienne vie ?
Le feu, le fer et la mort … Les cris et la douleur …
-Stratholme, je viens de Stratholme, murmura Kaerina dans un souffle.
Le revenant prit un air sombre, même pour un mort.
-Aujourd’hui, ta ville est le repère d’une armée du Fléau qui stationne dans les Royaumes de l’Est. Commandée par le Baron Vaillefendre, l’âme damnée du Roi-Liche, cette troupe sème la terreur et entretient la corruption dans la région que l’on nomme désormais les Maleterres. La terre de ton enfance n’existe plus, je suis désolé.
Au moment où la non-vivante allait répondre, un réprouvé à la chevelure hirsute et à qui il manquait la partie inférieure de la machoire, entra dans l’auberge.
-Qui me demande ? s’écria-t-il
Sans un mot, l’aubergiste lui désigna Kaerina. Le nouveau venu s’adressa alors à elle :
-Archibald Kava, vous cherchiez un fripier ?
Le marchand étala devant elle quelques articles. Après un rapide coup d’oeil, Kaerina opta pour …
-Oui, je voudrais vous acheter votre tenue d’étoffe rapiécée.
-Bien, cela vous fera quatre pièces d’argent et cinquante-quatre pièces de cuivre ! lui fit-il savoir avec un sourire goguenard.
La revenante réalisa qu’elle n’avait pas une pièce de cuivre sur elle.
Un client de l’auberge d’aspect misérable, ayant entendu leur conversation, proposa de payer pour elle si elle remboursait. Elle le remercia et tendit la somme voulue au marchand, qui avait l’air presque déçu. Il lui donna malgré tout la marchandise. Kaerina monta dans une chambre à l’étage pour se changer.
Un miroir trônait paresseusement au milieu de la pièce poussièreuse, jonchée de vases et de meubles brisés. Une foie nue, la jeune femme, curieuse, s’examina. Elle n’avait pas eu l’occasion de se voir depuis sa résurrection. Sa peau était d’un gris laiteux. Au niveau des épaules et des rotules, la chair laissait place à une ossature inégale, suggèrant qu’elle ne lui appartenait peut être pas complètement. Sa poitrine pendant mollement jusqu’à mi-ventre. La revenante se retourna et vit que sa colonne vertébrale ressortait de ses tissus pour former une ligne blanche le long de son dos. Après qu’elle eut enfilée sa tenue d’étoffe rapiécée, elle se faufila discrètement hors de l’auberge. Une fois dehors, elle songea qu’il lui manquait encore la massue que demandait le sombre clerc Duensten pour son apprentissage. La non-vivante réfléchit. Il serait malaisé de la voler. Si elle se faisait prendre, son image auprès des réprouvés, déjà sensiblement peu reluisante, en prendrait un coup.
-Le Fléau revient ! Aux armes ! hurla quelqu’un.
Kaerina leva les yeus. Un groupe de squelettes, goules et autres zombis décharnés fonçait vers le Glas. Autour d’elle, les sentinelles s’activaient. La mort-vivante chercha du regard quelque chose pour se défendre.
Lorsque le groupe arriva au niveau de la barricade d’épieux qui ceinturait le village, une demi-douzaine de gardes l’attendait de pied ferme. Le choc fût violent, le cliquetis des armes résonna avec force, les cris de rage suivirent, les bruits sourds des cadavres qui tombent au sol également. Soudain, un sbire du Fléau s’effondra dans l’herbe noire, en laissant rouler une massue en métal. Kaerina n’hésita pas un seul instant. Elle se rua sur l’arme, au mépris du danger. Elle s’en saisit juste à temps pour se retourner et faucher le crâne d’un squelette animé, armé d’une flamberge. Puis la jeune femme s’attaqua à un autre adversaire comme une furie. Elle se surprit elle-même. Ses coups étaient nets et précis, elle savait inconsciement où et comment frapper. Ses réflexes, étonnament rapides, lui permettaient de parer et d’esquiver avec souplesse, les bottes de ses ennemis. Tout à l’affrontement, elle ne manquait pas d’observer le cours de la bataille. Les réprouvés se défendaient avec bravoure. Mais les effectifs de la troupe du Fléau étaient trop importants. Ses compagnons tombaient les uns après les autres.
La revenante redoubla d’ardeur. Elle assomait, frappait, fauchait avec une dextérité sans pareille. Malgré tous ses efforts, les défenseurs allaient perdre cet affrontement, elle le sentait. La fureur l’envahit. Un bouillonnement de colère fusa. Le monde tournoya autour d’elle. Elle cria. Puis ce fût le noir complet.
Quand Kaerina sortit de sa léthargie, elle se tenait droite, face à l’enceinte de fer et de bois pourri, qui entourait le Glas. Les gardes réprouvés la regardaient avec un air étrange. Leurs visages, altérés par la non-mort, l’empêchaient de reconnaître leurs expressions. Elle se retourna. Ce qu’elle vit lui aurait coupé le souffle si elle en avait encore. Tous les zombis du Fléau n’étaient plus qu’un tas de cendres noires et d’armes brisées, autour duquel brillait une lueur rouge sang, qui émettait un crépitement étrange. Kaerina lâcha sa massue et tomba à genoux.
-Ai-je tué quelqu’un dans vos rangs ? balbutia-t-elle.
Personne ne lui répondit. La moitié du village était désormais rassemblée autour d’elle et l’observait avec une même expression étrange. Un silence pesant s’était abattu. Tous étaient parfaitement immobiles, le regard braqué sur Kaerina. Quelques minutes s’écoulèrent ainsi. Puis une phrase mit fin au silence. Les mots, crachés pleins de haine, claquèrent avec plus de force que le fracas du combat qui venait de s’achever. :
-Chevalier de la mort du Roi-Liche !
Douze mois après ces évènements, parmi les ruines d’Eldre’Thalas
Le démon sentit une présence qui s’approchait de son domaine. Une puissance ténébreuse … Il remua ses deux lourdes têtes de molosse infernal et ferma ses neuf yeux rougeoyants. L’entité était là, toute proche.
-Monseigneur !
Immol’thar gronda. Encore un de ces elfes minuscules qui le dérangeait.
-Un … Un homme veut vous parler seigneur …
Le démon tourna son regard de flamme vers l’elfe. Ce dernier sentit ses genoux se dérober sous lui.
-Tuez-le ! mugit Immol’thar
Le kaldorei répondit :
-Nous avons tenté mais il a défait la moitié de nos forces. Le Prince a été forcé de s’incliner et … AAAaaarghhhh !!!
Une silhouette vêtue de noir apparut dans le champ de vision du démon. Ce dernier fut envahi par la terreur. Jamais cela ne lui était arrivé. L’étranger était fort, très fort. Suffisamment pour le maîtriser. Il ne pourrait résister.
-Dis moi où est la main de Sargeras ! Dis moi où se trouve le hérault du titan noir ! Le dragon m’a-t-il duppé ?! tonna l’individu mystérieux.
Du museau de ses deux énormes chefs, le chien infernal montra le bâton que tenait fermement l’étranger.
-Non … Anachronos avait raison. Celui que tu cherches est enfermé dans le bâton. Va dans ta cité natale et accomplis le rituel !
Dans un bruissement à peine perceptible, l’inconnu disparut. Immol’thar poussa un grognement. Si le bâton était rassemblé, un adversaire de la Légion se dresserait à nouveau !