Les cartes postales d’une confinée

L’autel de Dagun

J’ai l’habitude des livraisons qui sentent la marée. Mais là, avant même d’avoir déballé le colis, je savais qu’il avait passé quelques semaines de trop dans un entrepôt surchauffé.

Je ne sais pas pourquoi elle se met à m’expédier des algues. Leur odeur saline et rance imprègne tout. Elles semblent curieusement résister à la putréfaction, et baignent dans une solution gélatineuse exsudée de leurs propres filaments tentaculaires.

Son voyage a été un peu long, et son récit manque parfois de cohérence. À croire qu’elle n’avait pas entièrement le contrôle de son esprit en rédigeant ses notes. Tout est parti d’un nain exilé au sud des terres ingrates, à qui elle a rapporté une tablette antique. Un de ces cailloux gravés, issus d’une période antédiluvienne, bien plus ancienne que les premiers nains et les premiers gnomes, enfouis au cœur de ruines cyclopéennes, entourées de malédictions et de désolation sinistre. Il a fallu ensuite qu’elle se rende à la caverne lugubre d’Ironforge, pour frayer en bien mauvaise compagnie. De là, direction Âprefange, où la côte nord est contrôlée par la tribu Aileron boueux.

Elle a massacré un large quota d’oracles murlocs, dans une brume épaisse et tenace, hors de vue des murailles rassurantes de Theramore, pour mettre la main sur ce varech qu’elle prétend enchanté. Les hommes-poissons vouent un culte à des créatures puissantes et maléfiques, qui dorment d’un sommeil éternel, loin dans les profondeurs abyssales.

La légende dit qu’il est possible de réveiller l’une de ces entités anciennes, en déposant une offrande de goémon sur l’autel de Dagun.

https://drive.google.com/file/d/1pJqwxlb8norITTUYaeHLYTNs0qs9YIHw

Je sais que sa curiosité est capable de la conduire aux extrémités les plus stupides. Mais si son écriture devient de plus en plus embrouillée et absconse, ce n’est pas seulement en raison de l’excitation face au danger. Elle parle de menace ancienne, d’habitants des profondeurs, de Ryn’eh, d’une cité engloutie, de tout un charabia ésotérique qui laisse à penser qu’elle a perdu la raison.

Je me demande vraiment ce qui a pu se passer lorsqu’elle a activé cet autel, et pourquoi elle m’envoie de quoi répéter ce rituel, en m’incitant à le diffuser. Une sorte d’appréhension me saisit. Les caractères tracés à l’encre de seiche semblent tourbillonner sur le papier. J’ai comme un malaise. Sans doute le résultat de l’odeur de ces algues dégoûtantes. Je vais me reposer. Je les brûlerai demain.

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Les œufs de Feralas

Cela faisait un moment que je voulais passer à Gadgetzan remercier Curgle pour son Preneur d’images FX. Son entrain n’a pas changé, ses couettes toujours aussi bien apprêtées, son sens du service poussé dans ses derniers retranchements.

Sa dernière invention est encore issue d’une demande des elfes. Je vais finir par croire qu’elle en pince pour les kaldorei.

Les grandes oreilles assurent de nombreuses liaisons aériennes par hippogryphe, sur ce continent. Les griffons de nos amis Wildhammer ne sont pas assez nombreux, ou bien ne s’acclimatent pas à tous les climats. Mais les montures autochtones rencontrent aussi leur lot de déboires, et ne semblent pas se reproduire en captivité. Ou peut-être que les elfes ignorent comment réaliser un élevage ? Bref, toujours est-il que les nids de Feralas subissent une pression de la part des ogres voisins, et je vais encore être la bonne poire de service.

La traversée des Mille pointes ne m’inquiète pas. Je l’ai parcourue de nombreuses fois. Le voyage se corse toutefois en atteignant la lisière des étendues sauvages. Les herbes sont hautes, et la route principale mène droit au camp mojache, qu’il est plus prudent de contourner… en évitant les bêtes féroces. Des mages gordunni ont investi les ruines antiques d’Isildien, et je suis bien contrainte d’en taillader quelques-uns pour atteindre les contreforts montagneux, tout au sud.

J’ai promis de ne pas faire de mal aux adultes Aigreplume, et j’évite donc d’attirer leur attention, tout en repérant les lits de paille tiède où les femelles pondent, entre les hautes racines des gigantesques sycomores. Je dérobe un œuf presque aussi gros que moi, avant d’être repérée par les patriarches veillant alentour.

https://drive.google.com/file/d/1O2hWgnKikkwzeqUeXiXQjmwEoM2ZlW0V

De retour à Gadgetzan, Curgle est ravie, et m’invite à tester sa couveuse mécanique : le Super-Oeuf-O-Matic. L’appareil bourdonne, les pistons s’agitent en tous sens, et un cadran indicateur de rhéostat manque d’éclater. Mais une caisse d’emballage finit par tomber dans le panier, et j’en extrais un œuf pourri. Pas de chance ! Je l’ai peut-être trop malmené pendant le trajet. Au moins, je me suis un peu attaché la confiance des elfes. La gnome me recommande de ne pas baisser les bras sur cette mauvaise fortune et d’y retourner. Beaucoup de risques pour un piètre résultat. Une autre fois, peut-être ?

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Karazhan

Il y a tant de bruits qui courent sur le sort de Karazhan. Je me souviens que, quelques décennies en arrière, on faisait grand cas des fêtes mondaines qui s’y déroulaient, rassemblant toutes les élites du continent. Certains traversaient l’entièreté des royaumes de l’Est pour espérer prendre part aux agapes offertes par le Gardien de Tirisfal.

Mais c’était avant que ne survienne la catastrophe de la première Guerre, et que la tour du savoir ne s’enveloppe dans un perpétuel voile d’obscurité. Medivh, qui signifie « gardien des secrets » en langue elfique, à ce qu’il paraît, n’a alors jamais aussi bien porté son nom. Plus d’apparitions publiques, plus de réceptions officielles, plus de réponses aux nombreux appels de détresse des seigneurs et des rois, face à l’agression des orcs. Le défilé de Deuillevent est devenu un endroit mal fréquenté, que bientôt plus personne ne traversait sans une appréhension palpable.

L’absence de nouvelles s’est transformée en rumeurs inquiétantes, des plus crédibles aux plus absurdes. Le maître des lieux est-il devenu fou ? Qui sont ces cavaliers sombres écumant les régions voisines ? Est-il vrai que les villageois locaux sont torturés, avant que leurs dépouilles ne soient jetées dans les dédales sans fin des cryptes creusées sous le lopin de Morgan, où seuls les plus téméraires s’aventurent ? Que signifie ce sourire cynique que certains disent avoir découvert, gravé sous les fondations de la tour ? Pourquoi des âmes damnées errent, dans la nuit perpétuelle baignant les ruines voisines ? Les avertissements placardés à la Croisée de l’homme mort ne professent-ils pas que la région s’est muée en un nouvel enfer ? Les arbres du défilé eux-mêmes semblent couverts de visages grimaçant sous la douleur.

La grosse prétend s’être rendue sur place, après une fructueuse partie de pêche nocturne à l’anguille électrique. Elle dit avoir longé des celliers remplis de mathusalems de grands crus oubliés, extrait de l’eau d’un puits hanté de la cave du maître, martelé sans succès aux lourdes grilles scellées des portails de la résidence, combattu des fossoyeurs fantomatiques.

https://drive.google.com/file/d/1hwUkGlZoU6xIusscQAYAdFE6z_Ha5trx

Elle avait surtout un coup de trop dans le nez, je pense. Sa photographie a pu être prise dans n’importe quel sous-sol mal entretenu.

Une chose est sûre : c’en est fini de la splendeur d’antan, et Karazhan n’est pas prête de livrer ses secrets…

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L’héliport d’Azshara

J’ai beaucoup de respect pour les pilotes de gyrocoptère. En plus d’être calés en ingénierie, ce sont souvent des individus dotés de très bons réflexes et d’un sang-froid à toute épreuve. Ce n’est pas rien de dompter simultanément la mécanique et les éléments climatiques, sans que l’un ou l’autre vous fasse défaut. Quand, en prime, tout cela se déroule au cœur d’un affrontement ou dans une situation de crise, cela force le respect.

Je n’avais jamais adressé la parole à Xiggs Fuselighter. Par timidité, sans doute. On dit que c’est un as dans son genre, pilote des escadrons rouges, vétéran de la bataille de Yavin, et plein d’autres légendes plus ou moins vérifiables. Je n’ai donc pas hésité, lorsqu’un érudit d’Ironforge m’a sollicité pour une opération de récupération, dans laquelle j’aurai la chance de faire équipe avec lui.

La mission n’avait rien de complexe : traverser tout Azeroth pour copier des symboles gravés dans les décombres d’Azshara. J’adore cette contrée ! Excepté les nagas qui ont ralenti ma progression, en parcourant les vestiges de la cité en ruine d’Eldarath.
Il y a des milliers d’années, les hauts elfes ont abandonné ici un savoir considérable, qui ne profite qu’à ces écailleux bouffeurs de palourdes crues. Les runes n’étaient pas évidentes d’accès, et Tymor ne m’avait pas fourni la moindre indication sur leur localisation précise !

Une fois les reproductions des quatre runes effectuées, j’ai longé la côte jusqu’à l’extrémité méridionale de la région. Au large, une petite île a été aménagée en aire d’atterrissage. Xiggs m’avait confié un lance-fusée d’alerte, pour lui signaler quand venir me récupérer. Je croise les doigts pour que la poudre ne soit pas humide, et que l’engin ne m’explose pas à la figure. La chance me sourit : une fusée de détresse s’élève dans le ciel, et un bimoteur pétaradant ne tarde pas à venir se poser sur la plateforme.

https://drive.google.com/file/d/1bykhX0VIrhJpHh3xUZOMY3sF_K_92TPV

J’admire l’adresse avec laquelle le nain aux commandes amorce sa descente, tout en adresse malgré les bourrasques maritimes et l’étroitesse de la piste. Je goûte un peu moins son refus de monter à bord, quand il m’informe que je dois rentrer par mes propres moyens. Je suis bonne pour une nouvelle séance de natation.

Sur la nage du retour, je me dis que cette île isolée n’est finalement pas bien éloignée de Durotar, donc d’Orgrimmar. J’en toucherai un mot à Buchette. Cela intéressera certainement quelqu’un…

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J’espère qu’on aura l’occasion de lire tes aventures de l’autre côté de la Porte des Ténèbres :smile:

Bonsoir Laxatif !
Malheureusement, j’ai (trop) peu de temps à consacrer à WoW, et seul Classic-Era m’intéresse.
Si je prends un peu de temps sur BC, hors de question de payer une duplication : ce sera donc en passant par la case reroll. Il faudra alors patienter des lustres avant d’aller traîner mes guêtres sur les débris de Draenor.


Et puis, de toute manière, un jour, j’ai déjà réussi à déjouer l’attention des gangregardes des Terres foudroyées, et déchiffré un graffiti gravé par un vétéran de Lordaeron, une décennie auparavant, sur une pierre angulaire du socle du portail.
C’était marqué « l’Outreterre, c’est ca-ca ».

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Le gourdin de Noboru

Ravelle n’a définitivement aucun humour. Son dernier colis s’est révélé être un emballage vide. J’ai pensé que la marchandise avait été volée en route, ou que le paquet, trempé d’humidité, s’était déchiré en chemin et son contenu perdu durant le transport. Mais je pense plutôt qu’elle s’est ravisée au moment de l’expédition. Elle a clairement écrit son courrier en plusieurs fois.

Avant de filer vers les Terres foudroyées, elle a suivi sa petite boucle habituelle, dans le marais des Chagrins, pour me réapprovisionner en aveuglette. Cette région humide et terne est le lieu de perdition de bien des choses : aventuriers téméraires, caisses de ravitaillement pour Rempart-du-Néant, draeneï défraîchis et cristaux sacrés d’un monde décomposé…

Trop concentrée sur ses plantes, elle est tombée dans une embuscade de Perdus, au sud-ouest du sanctuaire des Friches. Ces humanoïdes exilés, débarqués à la sauvette du portail sombre il y a bien des années, ont fui leur monde en ruine, mais n’ont jamais trouvé leur place en Azeroth. Je ne sais pas grand chose sur eux, si ce n’est que leur espèce devrait être éteinte, ou qu’elle ne tardera pas à l’être. Trois de ces monstres lui sont tombés dessus, mais il semble qu’ils n’aient pas été à la hauteur, malgré leur taille. Le plus grand d’entre-eux, leur chef, sans doute, était armé d’une lourde masse lestée de fer. Des tâches de sang, de mousse et de rouille mêlée, maculaient jusqu’à la base du manche.

https://drive.google.com/file/d/1kFc7OPxeUDRh4JGHhO6n61X4Xw4ee2y0

Ce gourdin avait visiblement quelque chose de spécial. Je sais qu’elle n’en a pas l’usage, vu qu’elle refuse obstinément de se battre avec autre chose que des haches. Elle comptait peut-être que je le revende à des collectionneurs de curiosités, ou que j’en tire une contrepartie quelconque.

Mais le reste du courrier est raturé et en grande partie illisible. Elle a sans doute décidé de ne pas me l’envoyer. J’ai une petite idée sur la raison de son changement d’avis. Elle a certainement filé au sud comme elle le prévoyait, et mon messager l’a prise de vitesse. J’en saurai sans doute un peu plus dans son prochain courrier. Si elle daigne m’adresser encore la parole !

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À travers la Porte des ténèbres

Il n’a pas été facile de déjouer l’attention des gangregardes, et les patrouilles tournent sans interruption sur la couronne déchiquetée du cratère. Je dois faire vite pour prendre un dernier cliché. Je doute de pouvoir en obtenir un meilleur de plus près. Je serais repérée aussitôt.

https://drive.google.com/file/d/1CuwGZqgMKzd23cS-F5nc0HAaeLbKnyGs

Ce fichu portail noir est la source de toutes les attentions depuis plus de deux décennies. L’origine de tous les malheurs, et la cause de toutes les angoisses de la plupart des vivants du royaume, se dresse toujours, imposante, dos aux contreforts des Terres foudroyées. De longues années se sont écoulées, sans le moindre changement de ce côté. Aucune raison pour que les calmes volutes céruléennes tourbillonnantes réactivent un accès vers Draenor… Et pourtant ?

Buchette était incrédule, quand je lui ai dit que je m’y rendrais prochainement. Quitte à tenter sa chance, autant être la première. Je replie mon matériel, réarnache mon bélier, et galope vers le sud. Avec assez de vitesse, je pourrai certainement échapper aux sentinelles de la Garde funeste.

Le bruit de ma cavalcade attire les molosses. Je reste concentrée sur le parvis de pierre défoncé, droit devant moi. Bon sang, que ce monument est gigantesque, vu de près ! J’ai l’impression que le serpent sculpté sur le linteau me fixe du regard, attendant ma chute. Rester concentrée sur le sol, pour ne pas trébucher. J’atteins la rampe et me précipite sans réfléchir. Des picotements parcourent mon échine lorsque j’atteins ce mur sidéral ondoyant. Je ferme les yeux, et bondis.

Je m’assomme, affalée de tout mon long contre la roche scoriée, derrière ce foutu portail. Rien !

Si. Un mot griffonné à la hâte sur un parchemin : « Je t’avais dit que c’était une idée pourrie – Buchette ». Cette garce a dû payer quelqu’un une véritable fortune juste pour venir accrocher cette provocation gratuite. Elle me le payera…

Des piétinements dans mon dos. Le sol tremble. Les démons à mes trousses ne sont qu’à quelques enjambées. Je dois m’enfuir, et vite ! C’est peine perdue. Jamais cette porte ne s’ouvrira pour quiconque. Finalement, la gamine avait peut-être raison.


[Merci à Laxatif, qui a inspiré involontairement ces 2 précédents épisodes, non prévus au planning initial. :wink:
La suite se déroulera donc toujours sur notre bonne vieille Azeroth ! Rendez-vous sur Era-Sulfuron/Amnennar/Finkle. Il reste tant de choses à raconter…]

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Aquementas

On dit que les élémentaires existent depuis bien avant les humains et les gnomes. Ils parcouraient Azeroth alors que les elfes et les trolls n’étaient même pas encore des nations balbutiantes. Ils ont pris part à bien des conflits, contre les autres puissances colossales de ce monde, oubliées ou enfouies aujourd’hui… Et heureusement pour nous ! Leur influence s’est sans doute amenuisée par manque d’adversité, ou bien quelque chose s’est tari, dans la source de leur essence.

Ravelle est très fière de m’envoyer une illustration d’un seigneur des océans, qu’elle prétend avoir moins rien que soumis en quelques coups de hache. Triste déclin que ces masses d’eau dotées de conscience, dont la consistance physique, à ce qu’il paraît, provient de leurs bracelets ornés de gemmes magiques.

Isolé dans la crique des Gréements, sur une plage cachée de Tanaris, un antique alignement de pierres en forme de vague, marque l’emplacement d’un lieu sacré. Des forces convergent vers la courbe centrale, d’où elle a invoqué Aquementas. Prononcer quelques mots inconnus, déchiffrés maladroitement dans le livre d’Aquor, ont suffit à le provoquer.

https://drive.google.com/file/d/1q7jw_TThxcFLL94S-mDDX50R0FcOurAZ

Nul doute qu’en une période ancienne, la colère du seigneur élémentaire, réveillé sans raison, aurait balayé cette langue de terre d’un tsunami salé, ne laissant aucune trace de l’importune après son passage. Mais ainsi vont les choses. Ses lourds poings liquides l’ont, au mieux, un peu éclaboussée, et rafraîchi ses couettes brunes de quelques gouttelettes amères. La masse d’eau agitée, à peine capable de soutenir sa crête d’écume, n’a pas fait long feu, face à une vulgaire lame en croissant.

J’ignore comment l’acier peut pulvériser une si noble créature. Sans doute en s’agitant suffisamment pour disperser des liaisons essentielles, jusqu’à ce qu’il ne reste plus assez de matière pour assurer sa cohésion ? Des gerbes éparses, volant de-ci, de-là, sur le sable sec, la créature perdant sa substance, jusqu’à ce que les bracelets s’effondrent au sol, vidés de toute volonté.

Elle aurait certainement pu négocier, ou trouver un arrangement quelconque, pour obtenir son fichu totem en argent. Mais non. Avec elle, désormais, la facilité de la destruction est le seul raisonnement qui convient. J’en ai presque du chagrin pour l’esprit de cet élémentaire qui a rejoint le néant.

Tout ça pour faire du gringue à un timide gnome amnésique au cratère d’Un’Goro. Pfff…

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Morgan Ladimore

C’était une forêt verdoyante et joyeuse, des années auparavant. Des cultivateurs, des commerçants, de la vie à chaque recoin, qui ne cherchait pas à vous bouffer le gras des mollets. Et puis il y a eu le drame de la grande histoire. Il a entraîné à son tour les drames des petites gens. Et qui se souvient de ceux qui ont vécu entre la Marche de l’Ouest et les Carmines, à part l’honorable Sirra Von’Indi ? Ses grimoires sont remplis de gribouillis contant les tristesses du commun des mortels.

Il y a plus de vingt ans, le noble seigneur Morgan Ladimore a quitté sa jeune épouse et ses enfants pour combattre aux côtés d’Uther. Défendre le royaume lui semblait la meilleure manière de protéger sa famille. Malgré toutes les horreurs dont il a été témoin durant la guerre, il gardait l’espoir d’agir pour le bien, et de retrouver un jour son fils et ses deux filles. Malgré l’avènement du Fléau, malgré la mort du Porteur de Lumière et l’échec de l’ordre des paladins, il a tenu bon.

Lorsqu’il est rentré au pays, il a trouvé celui-ci bien changé. Des brigands enfoulardés de rouge, des maraudeurs ogres, des bêtes sauvages devenues endémiques, et même des morts-vivants. Le feuillage des arbres diffusait désormais une obscurité oppressante, le moindre bosquet camouflait une source de danger. Le cimetière de Colline-aux-Corbeaux était bien le seul lieu à s’être considérablement développé. Sa terre natale portait désormais tristement le surnom de Bois de la Pénombre.

Mais dans les histoires tristes, il y a rarement place pour une lueur d’espoir. Après de vaines recherches, l’esprit du chevalier s’est brisé sur les reliefs d’un caveau, mitoyen de trois petites pierres tombales : « Lys Ladimore ». Sa douleur l’a conduit à l’irréparable. Cherchant des coupables, il s’en est pris aux fossoyeurs. Le ton est monté, le fer brandi. Le sang a coulé. Toutes ces années de sacrifices et de rigueur morale évanouis dans un instant d’emportement. Il s’est donné la mort, mais ne trouvera pas le repos à si bon compte. Il n’en finit pas de hanter le cimetière.

https://drive.google.com/file/d/1tEYTsE9jW5EAK32HIqaE-jzhB4tnKpNX

Qui pourrait le juger ? Qui pourrait lui pardonner ? Si vous maudissez l’épée entachée de Mor’Ladim, ne soyez pas trop prompt avant de connaître tout son récit.

Loin au nord, au-delà des grilles du cimetière, avant d’atteindre la Rive sombre, vous trouverez un tertre dégradé par les intempéries, fraîchement remué. Ceux qui l’ont mis en terre ont jugé qu’il ne méritait pas mieux. Peut-être, qu’alors, vous comprendrez, et découvrirez que, dans une histoire triste, il y a parfois un filet de surprise…

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Les anneaux perdus

Je ne sais pas trop pourquoi la grosse m’envoie une illustration de Gnomeregan. Jouer sur la corde sensible de la nostalgie pour me rappeler le bon vieux temps ? Me faire comprendre qu’elle s’y est rendue récemment, donc que la maison est de nouveau accessible et exempte de radiations ? Faire une allusion sur le fait que la saleté peut parfois recouvrir bien des merveilles et qu’il ne faut pas juger sur la première apparence ?

Ce n’est pas son genre de faire dans la subtilité. Elle aura probablement manqué de temps pour prendre des clichés vraiment intéressants, et m’envoie simplement une illustration de la première machine qui vient, pensant que cela satisfera ma curiosité.

https://drive.google.com/file/d/1m0GoVui02f_w5QMZENrNEUmtA6XNnx1t

Il faut admettre… Le Décapeur 5200 est un superbe modèle. À l’époque, je n’avais pas accès à cet appareil. Les rares prototypes en fonction étaient réservés aux étudiants émérites en fin de formation. Moi, au fond de la classe, je faisais le polissage à l’ancienne, à la lustreuse, à la brosse et à l’huile de coude.

Elle dit que les quelques survivants de la zone propre prennent grand soin de ces derniers exemplaires, et qu’ils sont encore rutilants et opérationnels. Elle a pu nettoyer plusieurs babioles avec, dont un superbe anneau d’or enchâssé d’une gemme précieuse, qu’elle prétend avoir arraché au cadavre d’un nain sombrefer.

Là, ça sent l’affabulation à plein nez. Que pourraient bien manigancer des agents nains dans les dédales de notre capitale perdue ? Et surtout, pourquoi ne m’envoie-t-elle pas l’anneau en question ? L’excuse habituelle « je cherche son propriétaire légitime à Ironforge » pue la justification boiteuse.

Tiens, pour la peine, je vais lui répondre que j’ai fait mieux. Un anneau, moi, j’en ai pêché un ! C’est véridique, en plus ! Au fond de la vase stagnante des canaux de Stormwind, lors d’une longue soirée sur le ponton des Leland. Cet anneau avait visiblement quelque chose d’unique, même s’il ne rendait pas invisible lorsqu’on le passait au doigt. Il n’avait pourtant pas l’air bien précieux, mais je l’ai quand même refourgué à un tarif absolument ahurissant. Ça aussi, c’était quelque chose d’unique.

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Tooga

Deux heures que je décime des collecteurs sans succès. Je dois sans doute cogner trop violemment, et pas moyen d’obtenir un échantillon en bon état, pour le gobelin de Gadgetzan. Cette chasse aux glandes de rosée n’en finit pas, et je commence à avoir plus soif que mon commanditaire.

Je vais tâcher de trouver un coin d’ombre un peu plus au nord, pour faire une petite pause. Il me semble avoir aperçu une zone de végétation avec moins de faune hostile, en venant.

Le soleil tape fort, dans le désert de Tanaris. Je dois avoir des hallucinations. Droit devant, une tortue de mer erre en large et en travers, fouaillant désespérément le sable de ses griffes racornies. Entendant mon approche, son cou à la peau parcheminée se tend dans ma direction, et la créature me dévisage de ses yeux azur : « Je suis complètement perdu ! »

https://drive.google.com/file/d/1fT1KmnmwznLjCMrKcF70nIsZn6-dqR7K

Deux réflexions se bousculent subitement dans ma tête : « quoi ? Une tortue perdue au fin fond du désert ? » et « quoi, une tortue qui parle ? » À croire que plus rien ne devrait m’étonner, désormais, dans cet étrange continent de Kalimdor…

Au point où j’en suis, après tout, pourquoi pas. J’en ai connu d’autres qui sont sortis chercher des allumettes et ne sont jamais revenus. Tooga, puisque c’est son nom, n’a pas l’air si pressé de retrouver sa belle, abandonnée au port Gentepression en allant chercher le dîner. Et pourtant, il en parle sans arrêt, entre deux foulées lentes, malgré mes encouragements incessants à presser le pas.

Tanaris va être long à traverser, à ce rythme. Surtout avec mon état de déshydratation avancé. Je n’ai même pas pris le temps de me désaltérer, au final. Cette rencontre impromptue m’a presque fait oublier ma langue gonflée, mais j’évite tout de même de trop répondre aux sollicitations et aux blagues foireuses de mon compagnon écailleux. À proximité d’un monceau d’ossements d’une ancienne créature colossale, je prends quelques instants pour régler mon preneur d’images FX et cadrer en direction de ce boulet qui se traîne dans mon sillage. Je me rappelle, à présent, que la dernière fois que j’ai voulu photographier une tortue, ça a failli me coûter la vie. Si le flash venait à provoquer la colère de celle-ci, je n’aurais pas de mal à lui échapper ! À la limite, si cela pouvait la faire accélérer !

Quand nous arriverons à destination, j’espère que sa moitié lui remettra les pendules à l’heure…

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La tromperie de Dame Prestor

Pour une fois qu’elle daignait mettre les pieds à Stormwind, elle n’a même pas eu la décence de m’en avertir et de passer me voir. Elle raconte avoir enquêté sur une affaire des plus sérieuses, digne d’ébranler les plus hautes instances du pouvoir.

Je crois surtout qu’elle affabule encore plus de la moitié de ses récits. Mais je dois reconnaître que sa technique s’améliore. Elle affirme qu’une trahison à très grande échelle a été mise en place, destinée à accroître l’inertie des dirigeants du royaume et empêcher de combattre une menace inquiétante, en rapport avec le Vol chromatique. Bien évidemment, son délire reprend les poncifs de toute bonne théorie du complot : elle impliquerait les nains Sombrefer, les bandits Défias, des membres corrompus de la maison des Nobles, des dragons noirs, et toute une ribambelle de traîtres plus ou moins nommés.

Elle prétend avoir libéré le maréchal Réginald Windsor d’une immonde geôle des profondeurs du mont Blackrock, et l’avoir escorté jusqu’ici pour confondre la tête pensante de cette obscure cabale. J’ai souvent entendu parler de ce héros de guerre, qui bénéficie d’une réputation avérée au-dessus de tout soupçon. Sauf que cela fait un moment qu’il a disparu. S’il avait vraiment refait surface, toute la capitale en aurait parlé.

Évidemment, elle va un peu trop loin dans ses élucubrations, puisqu’elle conclut que la responsabilité de tout cela repose sur les seules épaules de Dame Katrana Prestor, qui, d’après elle, ne serait personne d’autre que la fille du sinistre Deathwing, Onyxia, la Mère des couvées.

J’ai vu assez souvent la Dame Prestor pour constater qu’elle assume la régence avec brio, en l’absence du roi Wrynn. Et si elle est un peu froide au premier abord, c’est peut-être qu’elle a juste mieux à faire que d’être dérangée dans ses occupations courantes par une gnome de seconde zone.

La grosse apporte pour seule preuve une image qu’elle aurait prise dans le donjon même de Stormwind, lorsque la traîtresse aurait été contrainte de dévoiler sa vraie nature.

https://drive.google.com/file/d/1Vc0GnvpYUcBCKpnBlLiJFxaMEco_CN-K

Je dois admettre que c’est bien trop gros pour être crédible. Elle a certainement atteint un excellent niveau de maîtrise avec son appareil, qui lui permet de faire des montages troublants de réalisme, et me joue une nouvelle farce à sa manière. Un dragon à la tête du royaume ? Et pourquoi pas des elfes paladins, tant qu’on y est ?

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Les perles bleues

Lors de mes nombreuses séances de pêche, j’ai bien souvent eu la chance de récolter de magnifiques perles. Des délicates petites perles satinées aux rarissimes perles dorées, dont je laisse généralement le soin à la chieuse d’assurer la thésaurisation.

Il y a toutefois une variété de perles tout à fait particulières, que je n’ai dénichées qu’en un seul endroit dans tout Azeroth : les étonnantes perles bleues du Récif infâme. Au large de Strangleronce, dans des eaux mouvementées où frayent les féroces murlocs du clan Selécaille, se trouvent de lourdes coquilles de palourdes géantes, renfermant ce butin si singulier.

https://drive.google.com/file/d/1qwGwk0Az4ZbKsTepYlZ7eAZO0AL9vjLx

J’ignore encore d’où vient cette teinte azur particulière. L’influence des courants de magie de l’Autel des marées ? Une perturbation dans la composition des eaux de la Grande Mer ? Une combinaison entre leur temps d’immersion prolongé et la profondeur des eaux locales ? Je n’ai pu faire que des suppositions jusqu’ici.

En revanche, j’ai fini par leur trouver une utilité, après bien des voyages. Dans les Terres ingrates, au sud de la forteresse d’Angor, j’ai fait la connaissance d’un gobelin relativement ingénieux, qui se démenait pour survivre dans un campement de fortune, régulièrement assailli par les busards affamés et les traqueurs des crêtes. Il a mis au point une formule d’explosif, composé d’une base de poudre de ces perles, générant une lumière éblouissante. Il confectionne ainsi des bombes éclairantes qui effrayent la faune sauvage et lui ont sauvé la vie à maintes reprises.

Rigglefuzz a sans doute deviné que je ne portais pas son espèce dans mon cœur, et je n’ai pas pu lui soutirer une copie de sa recette. Mais je pense que d’autres plus habiles y parviendront facilement.

En attendant, je ne manque jamais de faire quelques réserves de ces perles, lorsque je longe la côte sauvage. Lorsque j’en aurai un bon stock, je les enverrai à Buchette avec quelques explications sur leur origine. Elle saura certainement convertir l’information en un monceau de pièces d’or, et peut-être qu’elle arrêtera momentanément de me faire la gueule. À mettre constamment ma parole en doute, elle va finir par me vexer. Et je ne peux clairement pas me passer de ses services pour le moment.

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Le poulet des prairies

Ravelle m’envoie rarement de la nourriture. C’est aussi la première fois qu’elle m’expédie de la volaille vivante. J’ai pensé qu’elle souhaitait se lancer dans l’activité salvatrice de l’agriculture, mais son long courrier est digne des meilleures blagues du quartier nain.

Lors d’une séance de récolte de chardonnier dans la Marche de l’Ouest, elle a surpris une fille de ferme un peu simplette s’occupant des poulets du fermier du coin. La jeune humaine avait un comportement des plus cocasses : se dandinant en boucle autour du volatile, agitant les bras pour mimer un battement d’ailes, et poussant des petits piaillements à n’en plus finir. Curieuse, la grosse s’est approchée discrètement, espionnant l’étrange danse depuis un coin de la bâtisse la plus proche. Elle a d’abord cru que le soleil avait cramé le cerveau de la demoiselle, mais son sérieux semblait absolu, et sa gestuelle scandée avec une rythmique régulière comme un rituel bien établi.

Après quelques minutes d’observation, alors que la gnome s’apprêtait à partir, le poulet a semblé porter attention à la danseuse folle, grattant la terre aride de la pointe de son bec. Transportée de joie, la fille a lancé des acclamations, avant de fouiller ses poches pour en extraire quelques poignées de grain, lancées à la volée pour récompenser l’animal, sans doute ?

https://drive.google.com/file/d/1xTjRCOxmU0udxlZ0jsnniaYSWTtLNkNA

La bête affamée n’a pas laissé le festin bien longtemps au sol, et s’est ruée sur la pitance, engloutie en quelques minutes. Peut-être s’est-elle jetée trop vite sur la nourriture, ou bien celle-ci était empoisonnée ? Ravelle a d’abord eu l’impression que la bestiole faisait un malaise, remuant d’une manière inhabituelle, selon elle.

Non, visiblement, l’ingénue savait très bien ce qu’elle faisait. La poule a fini par lancer un « cot-cot-codec ! » retentissant, avant de pondre un œuf énorme aux pieds de sa bienfaitrice. Celle-ci s’est saisie de l’œuf avant de filer en catimini, pour se cacher avec son butin au fond de l’étable voisine.

Je parie que Ravelle n’a pas mis longtemps pour se dandiner ridiculement à son tour devant un gallinacé, derrière la ferme des Saldean…

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Nat Pagle

C’est toujours une fierté immense, mêlée d’un moment de gêne, de rencontrer son idole en chair et en os. On alterne entre hystérie, phrases préparées à l’avance qui ne viennent pas, rires nerveux, comportements inappropriés ou accueillis mal à propos.

J’imagine bien qu’il en a vu d’autres. Et ce n’est pas la première fois qu’on doit le solliciter de la sorte. Mais enfin, quoi ! Nat Pagle ! LE Nat Pagle ! L’auteur du Guide de la pêche extrême, la référence absolue dans le milieu, qui est mon livre préféré. Je dois en avoir usé facilement deux ou trois exemplaires à moi toute seule.

Alors quand on m’a recommandé d’aller lui rendre visite en personne, sur son île au sud de Theramore, pour solliciter ses conseils, les préparatifs ont été frénétiques. Prévoir un exemplaire neuf de son ouvrage pour lui demander une dédicace, brosser ma salopette favorite pour faire bonne figure, réviser à la hausse les masses de mes plus grosses prises pour avoir du répondant, chercher un ingénieur talentueux pour confectionner quelques attracteurs de poisson aquadynamiques à lui offrir.

J’ai un brin d’inquiétude en approchant de son lieu de villégiature. Et s’il est froid et hautain ? S’il refuse de m’adresser la parole ? L’effondrement de l’image que j’ai de lui serait terrible. Mais les craintes sont vite balayées. Dans la crique du Mascaret, l’humain m’accueille avec un sourire sincère et bienveillant. Il goûte volontiers aux outres de bière naine que j’ai aussi pris le soin d’emmener.

https://drive.google.com/file/d/114B3gvwaKdtNowJ1vLp6wKIEQCCeKG3k

Il me parle comme à une amie de longue date, de ses aventures en haute mer, de ses expéditions au bord des eaux troubles de Zul’Gurub, des gobelins qui lui ont proposé beaucoup d’argent pour produire des licences de produits dérivés à son nom. Il m’encourage à participer au concours hebdomadaire, que ces derniers ont prévu d’organiser à Strangleronce, quand j’aurai acquis un peu plus d’expérience. Je rêve d’acquérir sa canne un jour.

J’ai beau l’interroger sur son histoire de pêche d’Ashbringer, il ne pipe mot. Je le soupçonne d’avoir un peu tra-vesti* la vérité pour gonfler les ventes de son bouquin. Mais il reste un sacré chouette type. Je reviendrai souvent lui apporter du rhum de rumsey. Je lui dois bien cela !





*[Hors-sujet : non, mais sérieusement, « t-r-a-v-e-s-t-i », c’est un terme tellement honteux qu’il est interdit de l’écrire sur ce forum ? Allo ? Vous savez ce qu’il signifie, au moins ? On touche le fond, là… Ce n’est pas la première fois que je suis contraint de modifier un texte parce qu’il contient des « mots tabous », mais là, je suis sur le c-u-l, de voir comment est pensée et mise en place la modération automatique de Blizzard. Je n’ai jamais été aussi attristé. La censure lexicale n’a jamais été une solution efficace, en elle-même, pour lutter contre la violence verbale sur le net (ou ailleurs) et minorer les conséquences qui en découlent. Cela a été démontré depuis un bon moment déjà. Il faudrait sérieusement songer à réviser vos classiques… tire la langue.]

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Le campement ogre

Les Hautes-terres d’Arathi ne sont pas une région de laquelle je reçois souvent des colis. Je sais que Ravelle ne s’y rend que pour récolter de la pâlerette, ou pour massacrer des trolls amani, afin de se faire bien voir des nains Wildhammer.

Depuis l’effondrement de Stromgarde, et l’émergence des Réprouvés dans les terres du nord, ce n’est plus un territoire où l’Alliance met facilement les pieds. Il y a pourtant de nombreux recoins intéressants à y visiter, qu’elle me décrit par le menu dans sa dernière lettre.

La Crique de Faldir, par exemple, sert de cachette aux flibustiers nécessitant un bon carénage après avoir essuyé un grain, quand ils ont résisté à l’assaut des vagues ou aux tridents des nagas. Et les cercles de pierre disséminés ici et là, écumés par les aventuriers qui déciment les élémentaires pour leurs essences, seraient des points de focalisation magique liés à un plan enfoui profondément en Azeroth, à ce qu’il paraît.

Beaucoup plus discret, dans les hauteurs entre le hall Rochepoing et le village Witherbark, se trouve un petit campement. Niché derrière un éperon rocheux donnant vers l’ouest, c’est sans doute un abri de fortune abandonné par les ogres du coin, duquel on peut voir de toutes parts sans être vu. Ravelle s’y est souvent réfugiée, lorsqu’elle était traquée par un chasseur orc voulant l’empêcher de fureter aux abords de la ferme de Go’Shek.

https://drive.google.com/file/d/1jMzoq_f89xi7VS08xceKmVke0iAucq2F

L’endroit ne paie peut-être pas de mine, mais il vient fort à propos pour un bivouac ou une petite sieste. Il y traîne toujours une bouteille de rince-gosier, et quelques restes de nourriture d’origine douteuse au fond d’une poterie brisée, sous l’une des toiles de tente rapetassées à la va-vite. Les coutures effilochées tiennent par miracle, et un simple coup de vent suffirait sans doute à les déchirer. J’inspecte attentivement la photographie qu’elle m’envoie. Un détail dans le motif des bâches retient mon attention. Je vérifie avec une loupe. L’image est à peine nette, mais cela ressemble étrangement à… Non… Ce n’est quand même pas… Si ? Je crois que j’ai envie de vomir…

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La robe de l’Enchanteur

Quand j’ai tué mon premier troll, dans les montagnes de Dun Morogh, je considérais cette espèce comme dégénérée et inapte à la survie dans le monde de demain. Bien longtemps après, j’ai étudié l’histoire des empires Amani et Gurubashi, qui ont longtemps dominé toute la surface de la planète, et j’ai quelque peu révisé mon jugement. Si leur architecture et leur artisanat a quelque chose de frustre et grossier, c’est qu’il reflète surtout d’anciennes valeurs primitives sur le déclin, qui occultent trop facilement quelques petites pépites de raffinement, oubliées de leurs concepteurs eux-mêmes.

On dit, par exemple, que la plus belle robe du monde est une parure en soie d’araignée dorée, d’une finesse et d’une douceur incomparable, dont les tisserands Vilebranch ont mis des siècles à perfectionner la confection. Les adorateurs du Loa Shadra, qui campent dans les ruines antiques des Hinterlands, ne sont plus très nombreux. Le dernier dépositaire de ce savoir quasiment perdu serait Mith’rethis l’Enchanteur, un vieux troll reclus au sommet de Jintha’Alor.

Profitant de la bruine d’une aube embrumée, je me faufile discrètement entre les murailles pour rejoindre la plateforme supérieure de la cité. Il est encore trop tôt pour que les louveteaux ne reniflent ma présence, et l’humidité ambiante doit altérer leur odorat.

Malgré mon sourire et mes gestes amicaux, le couturier m’assaille frénétiquement à mains nues. Je recule en parant les coups tant bien que mal, mais j’ai déjà oublié les quelques mots appris dans sa langue, pour le ramener à la raison. Il va finir par donner l’alerte. Je ne peux pas prendre ce risque.

https://drive.google.com/file/d/1XfLW_SU6M_E6hrS-ykx_jA1HQBaglWyz

Sous les nuages bas pleurant une pluie tiède, le sang se mêle à la mousse. Je viens de mettre fin à la vie de l’enchanteur. Je ne posséderai jamais cette fichue robe impériale de Chan. Je réalise que c’est probablement un pan entier de culture que je viens peut-être de faire disparaître avec lui.

Je réalise aussi qu’il ne me reste donc plus que ma robe de Longuebrume à porter, pour le prochain gala. Et si elle est la deuxième plus belle tenue au monde, elle est bien trop chaude pour les longues soirées d’été. Ça aussi, ça m’embête beaucoup.

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Rencontre avec Rexxar

Je suis sûre qu’elle m’envoie cette image par pure provocation. Elle a tendance à apprécier n’importe qui portant des haches, ce n’est pas bien nouveau. Mais elle connaît sans doute assez l’histoire du personnage pour savoir que je ne le porte pas dans mon cœur, contrairement à elle.

Rexxar n’est rien d’autre qu’un paria apatride, après-tout. Thrall lui a peut-être refilé le titre ronflant de « champion de la Horde » pour avoir buté le courageux et honorable amiral Proudmoore, ça prouve qu’on élève bien les assassins au même rang que les héros, chez les peaux-vertes.

En plus, je rappelle ça juste à tout hasard, mais cette bête n’est même pas un sang pur. Moitié orc, moitié ogre, je parie qu’il n’est même pas bien reçu par la moitié de sa propre faction. Les bâtards n’ont jamais la côte, quels que soient leurs faits d’armes. Du coup, ça ne m’étonne pas qu’il n’ait pas trouvé sa place dans la capitale boueuse d’Orgrimmar, à se vautrer dans le pseudo-luxe de cette nation barbare et sans culture. Il a certainement été mis dehors à grand coup de pieds au c*l.

Et malgré tout ça, la grosse a quand même trouvé moyen de le débusquer. En se baladant en Désolace, elle l’a croisé à l’improviste. Je fiche mon billet qu’elle l’a un tout petit peu traqué aussi. Au demeurant, même s’il ne cherche pas la compagnie, il ne semblait pas se cacher non plus, patrouillant sur la route et à travers les plaines désolées séparant les Serres-Rocheuses et Féralas.

Avec la pluie battante et sa tenue en peau de loup, il devait fleurer aussi mauvais que son nounours de compagnie. Mais ça n’a pas empêché Ravelle de l’approcher pour le photographier.

https://drive.google.com/file/d/1AHp8FlMkUjzg9cOgO1OmAx1SrtFNXgMS

Visiblement, il n’a pas daigné s’arrêter pour causer avec elle. Mais il ne l’a pas non plus attaquée à vue. Preuve qu’il est au courant de la trêve entre la Horde et l’Alliance, malgré son isolement des affaires du monde. Tant mieux pour la grosse, qui a sans doute évité un coup de lame bien placé, qu’elle n’aurait certainement pas eu l’agilité d’esquiver. On ne se frotte pas à des combattants aguerris quand on fait le dixième de leur poids et qu’on n’a participé à aucune vraie guerre.

C’est de ça qu’ils auraient pu parler, tiens. Qu’elle apprenne qu’il ne suffit pas d’agiter un tranchoir dans tous les sens pour maîtriser l’art du combat, et réaliser que l’entraînement n’est d’aucune utilité si on n’a pas le courage d’agir au sein d’une vraie mêlée. La guerre, c’est une affaire sérieuse. Bien trop sérieuse pour une gnome dans son genre. Elle restera un boulet toute sa vie.

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Les fouilles de Bael Modan

La visite de Bael Modan n’a pas été aussi fructueuse que prévue. L’archéologie nécessite une forme de patience que je n’ai pas. Contrairement à la pêche, où l’on revient toujours avec des prises, aussi minimes soient-elles, la Ligue des explorateurs doit régulièrement mener des campagnes qui se traînent sur des semaines sans rien extraire de probant. Des cailloux, des cailloux, et encore des foutus cailloux.

Le prospecteur Khazgorm dirige les recherches d’un entêtement de fer. Ça n’a évidemment pas été du goût des taurens du voisinage, qui envoient régulièrement des mercenaires pour assassiner les excavateurs consciencieux. Sollicitée en renfort, la garde de Bael’dun fait de son mieux pour pacifier la zone. Je ne peux m’empêcher de penser que si les nains avaient passé leur énergie à piocher plutôt qu’à bâtir une telle forteresse inutile dans ce trou desséché, leurs fouilles auraient certainement abouti depuis bien longtemps.

Le chef n’en démord pas. Après avoir mis la main sur des fossiles datés de plusieurs milliers d’années, il est persuadé d’être à portée de quelque chose d’énorme, au sujet d’un dieu très ancien, ou je ne sais quoi. Ça lui a certainement retourné le cerveau. Et, en conséquence, il creuse la terre, inlassablement, de plus en plus profondément…

Le seigneur Blackforge ne prendra pas les airs avant quelques jours. En attendant l’hypothétique départ de son gyrocoptère, je prends mon mal en patience en chassant les rongeurs du site. Une rumeur raconte que les orcs cuisinent leur viande. Quelle horreur !

https://drive.google.com/file/d/1936z6VOqzLNoQsx6Em024lWFbC4O4y1U

J’ai réussi à capturer et assommer une de ces bestioles. Je connais un rabassier de Ratchet, qui dresse des écureuils renifleurs. Je n’aurai pas de mal à lui subtiliser une caisse perforée, pour y fourrer ce rat fouisseur inconscient. J’imagine déjà la tronche de Buchette, si elle laisse échapper l’animal en plein Stormwind, qui s’ajoutera à la vermine locale d’une capitale déjà infestée. Elle va me détester. C’est parfait.

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